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C'est le printemps !

Téléchargement illégal : Les artistes se portent bien, merci

« De quelle manière les artistes seront-ils rémunérés ? » C’est la question la plus fréquente que l’on nous pose lorsque nous argumentons en faveur de la refonte du droit d’auteur en vue de légaliser le partage de fichiers.

Pour une société florissante et libre

Au Parti Pirate Suédois, nous défendons que le respect du droit d’auteur n’est à l’heure actuelle pas compatible avec celui des droits fondamentaux.

Certes, il peut être un peu frustrant de se voir poser la question de la rémunération des artistes juste après avoir expliqué comment l’application du droit d’auteur menace les droits fondamentaux.

Mais est-ce que la question de savoir si nous voulons que les droits au secret de la correspondance, à un procès équitable et à des peines proportionnées dépend vraiment de savoir si c’est rentable pour les artistes ou non ?

Ceci dit, c’est une question légitime. Nous désirons tous une société avec une culture florissante. Nous souhaitons tous que des écrivains, des musiciens et autres créateurs aient la possibilité de vivre de leur art. Si le cas d’un conflit entre ça et la préservation des droits fondamentaux s’était posé, c’eût été un problème qui eût nécessité d’être traité, même si supprimer les droits fondamentaux n’eût pas été la bonne réponse.

Le téléchargement illégal n’a pas tué la culture

C'est le printemps !

C'est le printemps !

Il y a dix ans, la question de la rémunération des artistes était une colle, et peu auraient assuré avec certitude que le secteur de la culture survivrait, ou auraient pu prédire comment.

Mais aujourd’hui nous avons plus de dix années de recul sur un monde dans lequel chacun qui le souhaite peut télécharger ce qu’il veut gratuitement, et où une importante partie de la population le fait régulièrement.

Nous savons par expérience que le secteur culturel est financièrement viable malgré la floraison des échanges de fichier en pair à pair.

Ce qui aurait pu apparaître comme un problème insoluble il y a une décennie s’est révélé ne pas en être un du tout, mais plutôt une grande opportunité pour des artistes et des créateurs, et une aubaine pour la diversité culturelle.

Car le marché se reconfigure

En fait, nous observons que durant la décennie où le partage de fichiers s’est développé de façon exponentielle, les revenus ont augmenté d’année en année à la fois pour les secteurs culturels en général, mais aussi pour chaque pan de la culture tels que le cinéma, la musique ou les jeux vidéos.

Le plus grand changement à été pour l’industrie musicale. Durant les dix dernières années, les ventes de musique sur support physique ont chuté à pic, et l’augmentation des ventes de musique dématérialisée a été une maigre compensation. Mais le marché de la musique ne s’est jamais aussi bien porté.

Dans un article de fond publié en octobre 2010, le magazine économique « The Economist » écrit:

Un nombre surprenant de trucs génère des revenus pour les artistes et les maisons de disques, et d’autres sont prometteuses. Le marché de la musique n’est pas en train de mourir, mais il est en train de changer en profondeur.

La plus longue et la plus forte période de croissance concerne les concerts. Entre 1999 et 2009 les ventes de tickets en Amérique ont triplé en valeur, de 1,5 à 4,6 milliards de dollars. [...]

L’augmentation des revenus en provenance des concerts, des produits dérivés,  des partenariats, de l’édition, du streaming et des marchés émergents est venue contrebalancer les pertes dues au déclin des ventes de CD. De ce fait, quelques musiciens font entendre un son de cloche différent. L’année dernière un nouveau groupe, « the Featured Artists Coalition », a contesté les intentions du gouvernement de punir les personnes partageant des fichiers par la suspension de leur connexion ADSL. Ses meneurs, y compris des artistes établis tels que Billy Bragg et Annie Lennox, affirment que le partage de fichiers est une forme de promotion utile.

Lorsque l’on regarde les statistiques, on s’aperçoit que le secteur culturel génère autant d’argent qu’il y a dix ans (ou légèrement plus, du fait de l’augmentation générale du niveau de vie). Les gens dépensent autant qu’avant pour la culture, malgré le fait qu’ils peuvent télécharger tout gratuitement, et le font fréquemment.

Et car le poste de dépense « culture » reste stable…

S’ils ne dépensent plus d’argent pour quelque chose, ils le dépensent pour autre chose. Les amateurs de musique dépensent autant qu’avant, mais comme ils dépensent moins pour les CD, ils dépensent plus pour aller aux concerts. C’est une mauvaise nouvelle pour les maisons de disques, mais une bonne pour les artistes, qui obtiennent une plus grosse part du gâteau.

Plus d’argent que jamais auparavant afflue vers le secteur culturel, mais parfois par un chemin différent.

Il est assez normal que ce soit ainsi, si nous pensons à notre expérience quotidienne du fonctionnement de l’économie. Quand vous avez un salaire, vous dépensez de l’argent dans le loyer (ou le prêt), dans la nourriture, dans vos factures et d’autres trucs pénibles. Si vous êtes chanceux, il vous en reste assez pour vous divertir un peu, id est, pour la culture.

Si vous ne dépensez plus d’argent dans l’achat de disques en plastique, vous pouvez le dépenser dans des concerts où vous pourrez voir les musiciens en chair et en os. Si vous ne dépensez pas votre budget culture d’une certaine manière, vous le dépenserez d’une autre, et quelqu’un du secteur de la culture le récupérera de toute manière.

…au profit des artistes.

Il est toujours très difficile de gagner sa vie comme artiste, et ça l’a toujours été, et ça le sera toujours. Mais au moins c’est devenu un peu moins difficile qu’avant Internet et la pair à pair. Dans le secteur de la musique, les revenus totaux ont augmenté un peu, tandis que la part des plus grosses compagnies diminue. Ça a libéré de l’argent pour les créatifs qui font réellement de la musique (et ne font pas que la distribuer).

Le partage de fichier n’est pas un problème à régler. C’est positif pour les artistes, les consommateurs et la société dans son ensemble. Tout ce que nous devons faire maintenant est d’aligner la législation sur le droit d’auteur sur cette nouvelle donne.

En réformant le droit d’auteur pour légaliser le pair à pair sans intention commerciale, nous pouvons en terminer avec la criminalisation d’une génération entière, et en même temps favoriser l’éclosion d’un milieu culturel européen encore plus foisonnant.

Ce billet fait partie d’une série de traductions de l’anglais des chapitres du livre de Christian Engström et Rickard Falkvinge sur la réforme du droit d’auteur que défend le Parti Pirate Suédois.

Merci à Étienne Loiseau pour son aide !

À côté de la rue de l'avarice et de celle du monopole anti-compétitif

Il faut bannir les DRM, ces verrous numériques

Un très grand merci à Étienne Loiseau pour avoir traduit ce texte.

Les MTP ou Mesures Techniques de Protection, plus connues sous le sigle anglais DRM pour Digital Rights Management, visent à restreindre les usages possibles des consommateurs d’œuvres «achetées» légalement et sur lesquelles ils devraient donc pouvoir exercer tous leurs droits. Le Parti Pirate propose d’interdire ces verrous numériques.

L’objectif de notre proposition pour la réforme du droit d’auteur est d’obtenir une législation équilibrée qui bénéficie à la société toute entière, y compris les consommateurs. Car avoir le droit de faire quelque chose selon la loi n’a que peu de valeur en soi, si vous n’avez pas les moyens pratiques de le faire.

Dans son livre Culture Libre, le professeur de droit Lawrence Lessig donne l’exemple d’un livre numérique publié par Adobe. Le livre était Alice au Pays des Merveilles. Il a été publié la première fois en 1865, et son copyright a expiré depuis longtemps. Puisqu’il n’est plus sous copyright, chacun peut faire ce qu’il veut du texte de Lewis Carroll.

Mais dans ce cas, Adobe a décidé de régler les verrous DRM de telle sorte que vous ne pouviez pas en extraire une copie, ni l’imprimer, ni le louer, et encore moins le donner à un ami.

Les aveugles et malvoyants qui ont besoin de convertir les livres numériques dans des formats audio qui leurs soient accessibles sont souvent entravés par les verrous DRM. Même s’ils ont légalement le droit de changer de format, les verrous les en empêchent en pratique.

Les verrous numériques sont mauvais pour la santé de la société

Les verrous numériques sont mauvais pour la santé de la société

Un autre exemple est le zonage régional sur les DVDsqui vous empêchent de regarder des films que vous avez légalement le droit de regarder, si vous l’avez acheté dans une autre zone que celle où vous avez acheté votre lecteur.

Voilà des exemples d’actions que vous avez tout à fait le droit de faire. Mais que vous ne ferez pas si une compagnie décide de mettre des verrous numériques sur leurs produits pour vous en empêcher techniquement.

Il n’y a pas que la restriction technique qui vous rendra la vie difficile. La loi actuelle telle qu’elle est écrite rend même illégal d’essayer de faire sauter ces verrous (sauf parfois, comme en France, à des fins d’interopérabilité, voir la loi DAVDSI).

Tout cela n’est clairement pas raisonnable. Ce devrait toujours être légal de contourner des verrous numériques, et nous devrions considérer l’introduction d’une mise au ban légale tout système technique qui empêche les consommateurs de faire ce qui est légalement en leur droit.

Puisqu’il existe des exceptions et des limitations au droit d’auteur comme celui de faire des copies privées (à tout le moins c’est vrai pour le fair use aux États-Unis, et pour l’exception de copie privée en Europe), cette définition couvre tous les systèmes que l’on pourrait normalement considérer comme étant des DRM.

Il n’y a aucun intérêt à ce que nos parlements introduisent une législation équilibrée et raisonnable sur le droit d’auteur si en même temps nous permettons aux multinationales d’écrire leurs propres lois et d’obliger à leur respect par des moyens techniques.

Ce billet fait partie d’une série de traductions de l’anglais des chapitres du livre de Christian Engström et Rickard Falkvinge sur la réforme du droit d’auteur que défend le Parti Pirate Suédois. Il s’agit ici du chapitre 6, qui détaille les propositions du chapitre deux.

Éviter de s'emmêler les pinceaux

Parti Pirate Suédois : Pas de changement pour les droits moraux

Un très grand merci à Étienne Loiseau pour avoir traduit ce texte.

Nous proposons de laisser inchangé le droit moral de l’auteur d’être reconnu en tant que tel. Si vous créez quelque chose, vous avez le droit d’être identifié comme l’auteur de ce que vous avez produit.

Ce point du droit d’auteur est complètement indiscutable. Dans les faits, la nétiquette est souvent plus stricte sur le sujet que n’importe qu’elle législation relative au droit d’auteur.

Les blogueurs ont tendance à citer leurs sources d’une façon qui fait bien plus que respecter le minimum légal. Il y a plusieurs raisons à cela. Cela rend votre blogue plus crédible si vous donnez les liens vers vos sources afin que vos lecteurs puissent en vérifier l’origine si ils le souhaitent. Les personnes que vous citez sont contentes, elles seront donc plus enclines à citer votre propre blogue si l’occasion s’y présente, et votre trafic augmentera. Voilà les raisons pratiques pourquoi il est dans l’intérêt d’un blogueur d’être plus généreux au niveau des citations de ses sources que ne l’exige aucune loi.

Éviter de s'emmêler les pinceaux

Éviter de s’emmêler les pinceaux. Crédit a_kep CC-NC-BY-SA

Mais il y a aussi le sentiment humain que si vous avez trouvé quelque chose d’intéressant de votre point de vue, vous souhaitez en retour manifester votre gratitude. C’est un aspect très positif de la nature humaine.

Le droit d’être reconnu en tant qu’auteur sur Internet n’est pas menacé. Nous proposons donc de laisser inchangé ce point de la législation du droit d’auteur.

Ce billet fait partie d’une série de traductions de l’anglais des chapitres du livre de Christian Engström et Rickard Falkvinge sur la réforme du droit d’auteur que défend le Parti Pirate Suédois. Il s’agit ici du chapitre 6, qui détaille les propositions du chapitre deux. Un très grand merci à Étienne Loiseau pour avoir traduit en entier ce chapitre 6 !

Le droit au remix n'a jamais concerné que les musiciens ou les écrivains

Il faut rendre l’utilisation d’extraits audiovisuels gratuite

Un très grand merci à Étienne Loiseau pour avoir traduit ce texte.

La législation très restrictive d’aujourd’hui est un obstacle majeur pour les musiciens et cinématographes. Nous voulons changer la situation en introduisant des exceptions claires de droit au remix ou à la parodie, de même que de droits de citation pour les matériaux audiovisuels qui se calquent sur la législation existante pour les textes.

Dans sa description du documentaire « Copyright Criminals », la chaîne de télévision américaine PBS écrit:

Bien avant que les gens ne commencent à poster leurs propres vidéos de compilation sur la toile, les musiciens hip-hop perfectionnèrent l’art du montage audio grâce au sample . Le sample – ou riff – est aussi vieux que la musique elle-même, mais les nouvelles technologies développées dans les années 80 et 90 rendirent plus simple la réutilisation d’enregistrements audio existant. Des groupes comme Public Enemy, De La Soul et les Beastie Boys créèrent des jeux complexes de rythmes, références et d’enchevêtrement des originaux et de sons ad-hoc. Mais au début des années 1990, le sampling s’est heurté à la loi. Lorsque les avocats de l’industrie du disque s’en sont mêlés, ce qui était autrefois appelé « mélodie empruntée » devint une violation du droit d’auteur.

Le droit au remix n'a jamais concerné que les musiciens ou les écrivains

http://www.flickr.com/photos/bhikku/4608657906/

Copyright Criminals étudie la valeur créative et commerciale du sample, y compris les débats liés à propos de l’expression artistique, du droit d’auteur et de l’argent.

Le film présente plusieurs figures fondatrices de la musique hip-hop telles que Public Enemy, De La Soul et Digital Underground, mais aussi des artistes émergent comme les « remixeurs » audiovisuels Eclectic Method.

Il apporte aussi les premiers entretiens avec des artistes qui ont été samplés, tels que Clyde Stubblefield – le batteur de James Brown et le musicien le plus samplé du monde – ainsi qu’un commentaire d’un autre musicien grandement samplé, la légende funk George Clinton.

Les ordinateurs, les téléphones mobiles et autres technologies interactives sont en train de modifier notre relation avec les médias, rendant floue la limite entre producteur et consommateur et changeant radicalement la notion de créativité. Les artistes trouvant des façons plus inventives d’incorporer d’anciennes influences dans de nouvelles créations, Copyright Criminals pose la question: Peut on être propriétaire d’un son ?

Aujourd’hui, la réponse à cette dernière question est malheureusement oui. Les majors revendiquent la propriété sur des sons individuels et de très courts extraits. Si vous êtes un musicien hip-hop, attendez vous à payer des centaines de milliers d’euros par avance pour avoir le droit d’utiliser des samples si vous souhaitez toujours rendre votre musique accessible au public.

C’est clairement une restriction du droit de créer de nouvelles cultures.

Les réalisateurs et autres artistes, qui souhaitent créer de nouvelles oeuvres en réutilisant des parties d’oeuvres préexistantes, font face au même problème.

Nous souhaitons modifier cela en introduisant des exceptions et limitations afin de permettre le remix et les parodies, ainsi que le droit de citation pour le son et l’audiovisuel, calqué sur le droit de citation déjà existant pour le texte.

Ce billet fait partie d’une série de traductions de l’anglais des chapitres du livre de Christian Engström et Rickard Falkvinge sur la réforme du droit d’auteur que défend le Parti Pirate Suédois. Il s’agit ici du chapitre 6, qui détaille les propositions du chapitre deux. Un très grand merci à Étienne Loiseau pour avoir traduit en entier ce chapitre 6 !

De l'utilité d'une œuvre orpheline

Lutter contre les œuvres orphelines en exigeant un enregistrement tous les cinq ans

Un très grand merci à Étienne Loiseau pour avoir traduit ce texte.

Pour lutter contre les œuvres orphelines, le Parti Pirate Suédois propose que tout créateur confirme par un enregistrement tous les cinq ans qu’il veut continuer à jouir de ses droits d’auteur sur ses œuvres.

Le problème des œuvres orphelines…

Une oeuvre orpheline est une oeuvre encore protégée par le droit d’auteur, mais pour laquelle le détenteur des droits n’est pas connu ou ne peut être retrouvé. Cela peut être un livre, une chanson, un film, une photo ou tout autre création qui tombe sous le coup de la législation relative au droit d’auteur.

Les oeuvres orphelines représentent un important problème pour quiconque souhaite les utiliser. Si vous le faites sans en avoir obtenu la permission, vous courez le risque que le détenteur des droits s’en souvienne soudainement, vous intente un procès et vous réclame beaucoup d’argent. Comme nous le savons tous, les tribunaux peuvent être assez enclins à attribuer des réparations même pour des violations mineures de droits d’auteur, et à condamner à des sommes astronomiques. Dans la plupart des cas, le risque n’est tout simplement pas acceptable.

Puisqu’il n’y a pas de détenteur de droits à qui s’adresser pour demander une licence, vous ne pouvez rien faire. Peu importe combien vous trouvez important de partager cette oeuvre avec le reste du monde, il n’y a aucun moyen de le faire sans enfreindre la loi et sans vous exposer à un grand risque financier. Les oeuvres orphelines sont de fait bloquées par le droit d’auteur.

…est gigantesque…

Ce n’est pas un problème marginal. Une grande partie de notre héritage culturel commun du 20ème siècle tombe dans cette catégorie. Environ 75% des livres que Google souhaite numériser dans le cadre de leur « Google Books initiative » sont épuisés, mais toujours sous droits d’auteur.

De l'utilité d'une œuvre orpheline

De l'utilité d'une œuvre orpheline

Même s’il est théoriquement possible de retrouver le détenteur des droits pour beaucoup de ces livres en entreprenant une investigation pour chaque cas individuel, cela devient en pratique infaisable lorsque vous voulez numériser en masse.

Google Books n’est pas le seul projet qui numérise des oeuvres et les rend disponibles, même si c’est celui qui a attiré le plus d’attention dernièrement. Il y a un projet européen appelé Europeana avec un objectif similaire, ainsi que l’initiative ouverte du Projet Gutenberg. Tous ces projets sont freinés par le problème des oeuvres orphelines (ou semi orphelines).

Si nous n’agissons pas, une grande part de notre héritage culturel commun du 20ème siècle risque de se retrouver perdue avant qu’il ne soit légal de la sauver pour la postérité.

…et ne sera pas résolu de sitôt par une réduction de la durée de protection…

Réduire la durée de protection du droit d’auteur à 20 ans résoudrait la plupart de ces problèmes, mais pour des raisons légales techniques, cela n’arrivera pas de sitôt. Afin de réduire la durée de production, nous devrons renégocier un certain nombre de traités internationaux relatifs au droit d’auteur, tels que la Convention de Berne.

Bien que cela représente une tâche difficile, l’Europe possède le pouvoir politique et économique pour le faire une fois la volonté politique acquise. Mais cela prendra du temps, même dans le meilleur des cas. Nous avons besoin de quelque chose qui puisse être instauré plus rapidement.

…mais par cette proposition, facile et gagnant-gagnant.

Nous proposons que le droit d’auteur (y compris le monopole sur l’exploitation commercial et la distribution) soit garanti automatiquement sans enregistrement lorsqu’une oeuvre est publiée, de la même façon qu’aujourd’hui. Mais si un détenteur de droits souhaite bénéficier de ce monopole commercial pendant plus de cinq ans, il devrait lui être demandé d’enregistrer l’oeuvre après que les cinq premières années se soit écoulées.

Les ayants-droits qui n’auraient pas choisi d’enregistrer leur prétention sur une oeuvre publiée il y a plus de 5 ans conserveraient leur droit d’auteur comme tel, mais seraient considérés comme ayant abandonné leurs droits sur le monopole commercial.

D’un point de vue légal c’est parfaitement compatible avec la Convention de Berne, puisque cela n’altère pas l’existence du droit, mais ajoute simplement une condition raisonnable et justifiée pour pouvoir exercer ce droit.

Tout ce que nous disons c’est que si vous désirez une rémunération pour l’usage d’une oeuvre plus vieille que 5 ans, vous devez faire savoir auprès d’une base de données publique comment vous contacter et où vous faire parvenir l’argent. Ce n’est pas une demande déraisonnable.

Dans le même temps, l’existence de bases de données publiques, dans lesquelles les détenteurs des droits en questions peuvent facilement être retrouvés par tous ceux intéressés par l’obtention d’une licence commerciale d’une oeuvre, sera bien évidemment bénéfique aux détenteurs de droits. Si vous voulez vendre quelque chose, rendre votre identité connue de potentiels acheteurs est bien sûr dans votre propre intérêt.

L’enregistrement après 5 années est une proposition gagnant-gagnant qui peut être instaurée rapidement et facilement.

Ce billet fait partie d’une série de traductions de l’anglais des chapitres du livre de Christian Engström et Rickard Falkvinge sur la réforme du droit d’auteur que défend le Parti Pirate Suédois. Il s’agit ici du chapitre 6, qui détaille les propositions du chapitre deux. Un très grand merci à Étienne Loiseau pour avoir traduit en entier ce chapitre 6 !

Rares sont les œuvres qui traversent les siècles

Il faut réduire la protection du droit d’auteur à 20 ans

Un très grand merci à Étienne Loiseau pour avoir traduit ce texte.

La plupart de l’industrie du divertissement aujourd’hui est construite sur l’exclusivité commerciale de productions sous droit d’auteur, et nous souhaitons préserver cela. Mais aujourd’hui les durées de protection – 70 ans après la mort – sont absurdes. Aucun investisseur ne s’engagerait dans un secteur avec des durées de retour sur investissement aussi longues.

Nous souhaitons raccourcir les durées de protection à quelque chose de raisonnable à la fois du point de vue de la société et des investisseurs, et nous proposons 20 années à partir de la publication.

Nous souhaitons la même période de protection pour tous les types de création.

À productions différentes, durées différentes ?

Ne serait-il pas judicieux d’avoir des durées de protection différentes pour les différents types de création ? Vingt années de protection pour un programme informatique a certainement différentes implications que vingt années pour un morceau de musique ou un film. Ne serait-il pas mieux d’adapter les durées de protection selon ce qui est raisonnable pour chaque type de création ?

C’est en fait ce que je (Christian Engström) pensais moi-même, jusqu’à ce que j’en discute avec un ami qui était complètement d’accord. Lorsque l’on a commencé à discuter, nous étions tous les deux d’accord qu’il serait raisonnable d’avoir des durées de protections différentes puisque les marchés fonctionnent différemment suivant les secteurs.

Moi, qui ait une formation de développeur, je pensais qu’il était assez raisonnable d’avoir une protection plus longue pour les programmes informatiques, puisque assez souvent ils continuent d’être utilisés longtemps après avoir été écrits. Du code que j’ai écrit dans les années 84-86 tourne encore en production aujourd’hui, et continue de générer des profits pour ces compagnies. C’est différent d’une chanson de « pop », qui au mieux est populaire durant une année, avant de tomber dans l’oubli. C’était mon ressenti.

Mais mon ami, qui a une formation de musicien (mais qui est maintenant un juriste spécialiste du droit d’auteur, puisqu’il est plus facile d’en vivre), avait une opinion complètement opposée. Il voyait les programmes informatique comme quelque chose que l’on met à jour au moins tous les 2-3 ans. Les logiciels plus anciens n’ayant plus de valeur commerciale, il devait être suffisant de les protéger pour une durée assez courte. La musique par contre, très souvent existe pour toujours, donc la durée de protection pour la musique devrait être bien plus longue. C’était son ressenti.

Rares sont les œuvres qui traversent les siècles

Rares sont les œuvres qui traversent les siècles

Et voilà comment ça ce passe normalement, m’a dit mon ami qui avait eu des discussions similaires avec d’autres personnes. Pour le type de création qui est le plus proche de ta sensibilité, tu trouves raisonnable qu’il bénéficie d’une protection plus longue que tous les autres. C’est de cette façon que la plupart des gens réagissent apparemment.

Pour cette raison, nous ne serions probablement pas d’accord sur les types de créations qui devraient bénéficier d’une durée de protection plus courte ou plus longue.

Dans ce genre de discussions, pour lesquelles vous essayez de tomber d’accord sur une durée limite de x années, c’est dans la nature des choses que toutes les suggestions pour la valeur de x tendent à être quelque peu arbitraires et tombées du ciel. Devoir définir des valeurs semi-arbitraires pour chaque catégorie de production est encore plus compliqué, et cela réduit les chances de trouver une solution que l’on peut défendre de façon objective.

Une durée rationnelle pour un investisseur

Mais si vous regardez la question du point de vue d’un investisseur, les choses deviennent différentes. L’industrie de la musique à beau être très différente du secteur logiciel, ils ont quelque chose en commun. L’argent c’est de l’argent, quelque soit le secteur dans lequel vous choisissez d’investir.

Lorsqu’un investisseur prend la décision d’investir dans un projet quelque soit l’industrie – cela peut être la musique, le cinéma, le logiciel grand public, ou tout autre chose – cet investisseur établira sa stratégie avec une limite de temps pour obtenir un retour sur investissement. Si le projet se développe selon les prévisions, il est supposé couvrir ses coûts et dégager des bénéfices dans les x années. Si tel n’est pas le cas, c’est un échec.

X est toujours petit dans ce genre de prévisions. Que quelqu’un établisse une stratégie de développement concernant un projet culturel dont le délai de retour sur investissement est supérieur à trois ans, est hautement improbable. Les personnes qui construisent des ponts, des réacteurs nucléaires et autres infrastructures, effectuent évidemment des investissements à plus long terme, mais en dehors de ces industries, les stratégies de développement de plus de trois ans ne sont vraiment pas courantes en général.

C’est encore plus vrai dans le domaine de la culture. Qui peut prédire ce qui sera à la mode dans deux ou trois ans, dans un paysage aussi changeant que celui de la culture ? On attend de la plupart des projets culturels qu’ils s’autofinancent et génèrent des bénéfices dans l’année.

En considérant les durées de protections du point de vue d’un investisseur, on peut justifier le fait d’avoir les mêmes durées pour toutes les créations. Le but de l’exploitation exclusive du droit d’auteur est d’attirer les investisseurs vers le marché de la culture. Et les investisseurs pensent la même chose sans tenir compte de ce dans quoi ils sont en train d’investir.

Un projet doit s’autofinancer et dégager des bénéfices dans l’année ou les suivantes, autrement c’est un échec. La faible probabilité que le projet que vous avez financé se révèle indémodable et continue de générer des profits pendant des décennies est une chance pour l’investisseur, mais ça n’a pas sa place dans dans un projet de développement sérieux.

Pourquoi pas moins ?

Pourquoi 20 ans, et pas 5 ou 3 ?

Notre proposition d’une durée de protection de 20 années est un compromis pragmatique. Même si il y a des arguments recevables pour lesquels 5 années ou même moins seraient suffisant du point de vue de la société, beaucoup de gens pensent encore instinctivement que 5 années seraient trop courtes, au moins dans certains cas.

Et plutôt que de s’enliser dans des disputes non productives à propos de ce qui restera toujours, au moins pour partie, des chiffres arbitraires, nous choisissons 20 ans.

L’important c’est de se débarrasser des durées de protection actuelles d’une vie ou plus. Ces longues périodes sont clairement néfastes pour la société, puisqu’elles gardent la plupart de notre héritage culturel commun bloqué même longtemps après que la majorité des productions aient perdu toute valeur commerciale pour les ayants-droits. C’est une perte sèche économiquement parlant, et un scandale culturellement parlant.

Si les durées de protections étaient réduites à 20 ans, cela résoudrait la plupart des problèmes « du tour noir du 20ème siècle », et permettrait aux bibliothécaires et archivistes de commencer l’urgente tâche de préservation des créations du 20ème siècle qui se dégradent dans les archives, en les numérisant. Cinq ou dix ans seraient plus appropriés pour favoriser l’archivage, mais 20 ans devraient convenir.

Dans le même temps, 20 ans est encore suffisant pour nourrir le rêve plaisant (mais hautement improbable) de créer un succès majeur indémodable qui génère des revenus durant des décennies. Si votre prochain projet trouve le bon filon et vous propulse soudainement sous les feux des projecteurs pour longtemps tels que Paul Mc Cartney ou ABBA ont pu en profiter, 20 ans devraient être plus que suffisants pour que vous deveniez très riche, et que vous n’ayez plus jamais jamais à vous soucier d’argent.

Ce billet fait partie d’une série de traductions de l’anglais des chapitres du livre de Christian Engström et Rickard Falkvinge sur la réforme du droit d’auteur que défend le Parti Pirate Suédois. Il s’agit ici du chapitre 6, qui détaille les propositions du chapitre deux. Un très grand merci à Étienne Loiseau pour avoir traduit en entier ce chapitre 6 !

N’hésitez pas à participer à la traduction des trois chapitres restants.

Partager est dangereux pour son compte en banque

Pourquoi dépénaliser le partage non-commercial

Un très grand merci à Étienne Loiseau pour avoir traduit ce texte.

Tenter d’arrêter ou de réduire le partage de fichiers, même via une législation plus sévère, ne marche pas. L’échange de fichier continue de croître de façon exponentielle, peu importe les moyens répressifs mis en place par les gouvernements.

On devrait conserver le droit d’auteur, mais le limiter lorsqu’il y a une intention lucrative ou commerciale. Toutes les copies et usages non commerciaux, tel que le partage de fichiers, devraient être légalisés. On peut ajouter cela comme restriction dans la législation relative au droit d’auteur, en conformité avec les traités internationaux tels que la convention de Berne ou celui de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle.

Une telle avancée est

  • inéluctable

    Si vous pensez que se serait une bonne chose si tous les échanges illégaux de fichiers disparaissaient, c’est votre droit (même si le Parti Pirate et d’autres n’approuvent pas). Mais ça ne change rien à la réalité. La limitation du partage de fichiers par les lois et la répression ne fonctionne pas. Le partage de fichier est là pour durer, que vous l’approuviez ou non.

  • indispensable

    Au chapitre 3 (pas encore traduit, participez !), nous avons vu pourquoi les tentatives d’imposer l’interdiction du partage de fichiers mettent en danger les droits fondamentaux en Europe et ailleurs. Cela serait une solution inacceptable même si ça fonctionnait, ce qui n’est pas le cas, ou si le secteur de la culture était réellement en train de mourir, ce qui n’est également pas le cas.

  • inoffensive

    Au chapitre 5 (pas encore traduit, participez !), nous avons vu que les artistes et le secteur de la culture, dans leur ensemble, se portaient bien malgré le partage de fichiers (ou peut être grâce à lui), il n’y a donc pas de réel problème à résoudre.

    Si la portée du droit d’auteur est réduite pour couvrir seulement les activités commerciales, cela ne présente pas de problèmes majeurs à la société. Il y a quelques ajustements à effectuer (en particulier la durée déraisonnable de protection), mais il n’y a en principe aucun problème à appliquer le droit d’auteur pour les usages à visée commerciale.

  • et facile à mettre en place

    La raison est très simple.

    Partager est dangereux pour son compte en banque

    Partager est dangereux pour son compte en banque

    « Suivre l’argent » suffit aux autorités pour leur permettre de garder une trace des activités commerciales.

    Si un entrepreneur souhaite gagner de l’argent, la première des choses qu’il doit faire, c’est de faire connaître au plus grand nombre possible ce qu’il a à proposer. Mais si il propose quelque chose d’illégal, cela arrivera aux oreilles de la police avant qu’il ait eu le temps d’attirer une clientèle importante.

    Aucune restriction supplémentaire des droits fondamentaux n’est nécessaire. Les systèmes de contrôle déjà en place pour d’autres raisons suffisent pour garder une trace des activités commerciales.

Du commercial et du non-commercial

À quel endroit trace-t-on la frontière entre activité commerciale et non commerciale ?

Il est vrai qu’il y a une zone d’ombre entre les activités commerciales et non commerciales, mais c’est un problème que les tribunaux ont déjà résolu à de nombreuses reprises dans des domaines différents.

Nous possédons déjà un arsenal juridique qui fait la distinction entre intention commerciale et non commerciale, incluant la législation sur le droit d’auteur telle qu’elle existe aujourd’hui. C’est une bonne chose que les tribunaux aient déjà établi une jurisprudence afin de déterminer ce qui est commercial ou pas.

Si vous avec besoin d’une réponse détaillée à propos d’où se situe la limite, vous devriez poser la question à un avocat spécialiste du droit d’auteur (et payer 300 € de l’heure). C’est de cette manière que les tribunaux interprètent la législation actuelle, et là les juristes sont des experts.

Mais de façon générale, la limite entre activité commerciale et non commerciale est grossièrement à l’endroit où vous vous y attendiez. Si en tant que personne privée vous possédez un blogue sans aucune publicité, c’est non commercial.

Si vous percevez quelques euros par mois de Google Ads, votre blogue est probablement encore non commercial, du moment que c’est un montant restreint et que votre but premier n’est pas de gagner de l’argent avec. Mais si c’est un blogue important qui génère des revenus substantiels de la publicité, il franchit sûrement la ligne et devient commercial.

Il y a plusieurs licences basées sur le droit d’auteur, y compris les licences Creative Commons Attribution Non Commerciale, qui font usage de cette définition déjà existante.

Même s’il est vrai que tracer cette ligne peut parfois poser problème, cela a déjà été résolu de façon raisonnable.

Ce billet fait partie d’une série de traductions de l’anglais des chapitres du livre de Christian Engström et Rickard Falkvinge sur la réforme du droit d’auteur que défend le Parti Pirate Suédois. Il s’agit ici du chapitre 6, qui détaille les propositions du chapitre deux. Un très grand merci à Étienne Loiseau pour avoir traduit en entier ce chapitre 6 !

Indifférence, ignorance, ou ?

C’est justement ÇA le marché, bande d’imbéciles !

En travaillant avec l’eurodéputé pirate Christian Engström au Parlement Européen, il m’arrive souvent d’entrer en contact avec des lobbyistes de la propriété intellectuelle, des lobbyistes de la musique, du cinéma, ou de l’édition. Et il y a une chose qui me frappe toujours…
On a l’impression qu’ils n’ont pas la moindre idée de ce qui est en train de se passer.

Multi-connexion, hyper-distribution

Ils semblent ne pas réaliser que nous vivons dans une société de l’information avec un phénomène d’hyper-distribution.

Et si quelques uns semblent bien se rendre compte de la tendance générale, ils pensent que c’est le Parti Pirate lui-même ou même l’eurodéputé Christian lui-même qui a inventé Internet, la libre circulation de l’information et le partage.

(Nous y répondons parfois « Non, c’est quelqu’un de beaucoup plus futé ». Mais il n’ont pas l’air de capter la subtilité de notre humour, et encore moins le message)

Ce que fait le parti pirate, c’est «simplement» montrer quelles politiques sont raisonnables dans notre nouvelle société.

Indifférence, ignorance, ou ?

Indifférence, ignorance, ou ?

Des millions de gens sont en ligne, et tous peuvent, au moins en théorie, se connecter les unes aux autres. Il n’y a le plus souvent, et c’est surprenant, que très peu d’intermédiaires potentiels entre deux personnes (8 tout au plus). Toutes les données qui sont sur mon ordinateur pourraient être transférées sur le vôtre. Ou sur celui d’un réparateur de vélo chilien. Si elles sont suffisamment intéressantes.

Le potentiel d’Internet…

Certains entrepreneurs ont compris ce qui s’était passé. Ils créent des applications Internet, ils mettent en ligne leur boutique (et le plus souvent, plus ils sont spécialisés, plus ils ont du succès), ils développent leurs propres chaînes médias et créent des projets qui incitent à la coopération. La plupart du temps, ce peut être fait avec très peu d’argent. S’ils le choisissent, ils peuvent s’adresser au monde entier.

Pour les lobbyistes de la propriété intellectuelle, c’est le contraire…

Ils refusent de voir ou d’accepter le monde comme il est. Ils s’excitent parce que plus personne ne veut descendre en centre-ville pour acheter leurs produits gravés sur des galettes de plastique. Ils deviennent fous si quelqu’un partage l’information qu’il possède avec un ou une autre. Ils maudissent Internet. Ils veulent superviser, filtrer et contrôler le flux des informations. ils veulent couper les connexions à Internet. Cela ne leur pose aucun problème que de rendre le monde difficile à vivre pour tous les autres, tous les entrepreneurs, les scientifiques, les étudiants, les artistes, les bloggueurs et les gens normaux qui remplissent le web de leur créativité et de vie.

Les lobbys de la PI ne font aucun effort pour comprendre, accepter et adopter notre nouvelle réalité et notre nouvelle société de l’information. Ils le pourraient, s’ils le voulaient. Et ils pourraient devenir riches ce faisant. Mais jusque maintenant, ils semblent incapables de penser en dehors des sentiers battus.

…est le plus souvent méprisé.

Parfois, c’est presque surprenant. Nous avons rencontré quelqu’un de l’industrie de l’édition. Quelqu’un qui nous a expliqué, la lèvre haute, que la quantité d’information circulant sur Internet était un problème, puisque personne ne peut contrôler le processus de sélection, décider de ce qui doit être publié ou non. C’était tellement… condescendant.

Une société de l’information en ligne avec une grande multitude d’informations et une hyper-distribution, voilà le nouveau marché. Et sous beaucoup d’aspects, c’est un marché beaucoup plus libre qu’avant. Vous devriez l’accepter ou vous ranger sur le côté et regarder le train passer.

Car enfin, regardons les choses en face. Certains produits, certains modèles économiques, certains concepts et d’autres trucs finiront directement à la poubelle, puisqu’ils sont inadaptés à notre société moderne. Et ils devraient finir à la poubelle, libérant ainsi de l’espace pour d’autres trucs tout neufs, et plus rentables, plus orientés vers l’avenir, plus viables et plus florissants.

Personne ne peut prédire de quoi demain sera fait, et quels seront les prochains modèles économiques. Mais il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Nous trouverons des solutions, en définitive. Le marché s’en chargera. De lui-même. Il y aura toujours des gens talentueux pour développer de nouveaux produits. Vous pouvez appeler ça capitalisme, organisation spontanée, progrès, la main invisible, les effets dynamiques ou comme il vous plaira. Mais ce sera là.

Faites confiance à la Force !

Lire aussi le livre de l’eurodéputé en anglais, l’article de blog original, ou les traductions de ses chapitres ici.

Soleil couchant pour la licence globale

La licence globale : Une fausse solution pour un faux problème

La licence globale, soit un forfait illimité pour la culture sous forme d’une taxe sur l’internet haut débit, est une idée qui est dans l’air du temps depuis au moins une décennie, mais n’est jamais devenue réalité. Il y a une raison à cela. L’idée semble simple et éventuellement attractive au premier abord, mais lorsque l’on commence à s’intéresser aux détails afin de formuler une proposition concrète, on prend conscience des problèmes.

Collecter l’argent est une chose. On peut discuter pour savoir si c’est juste d’obliger les gens qui ne téléchargent rien à payer quand même, ou pour savoir pourquoi des entreprises devraient être dédommagées pour cause de progrès technologique, ou encore pour savoir comment prendre en compte les multiples connexions (mobiles) à internet que possède une famille. Mais laissons cela de côté.

C’est lorsque l’on se demande comment l’argent devrait être réparti que les choses amusantes commencent.

Diffusion à la télévision et la radio: prime aux plus riches

Si l’on calcule les gains des artistes sur base de ce qui est joué à la télévision et la radio, la plupart de l’argent va aller aux artistes établis qui gagnent déjà très bien leur vie. C’est la manière dont fonctionne le système actuellement avec les prélèvements sur les supports vierges et les appareils électroniques.

L’une des caractéristiques les plus intéressantes d’Internet, c’est le fait que les plus petites performances confidentielles peuvent atteindre leur public, même si elles ne sont pas jouées à la télévision et la radio. C’est l’effet de la « longue traîne », l’addition de toutes les petites performances constitue une part importante de ce qui est téléchargé sur le net.

Soleil couchant pour la licence globale

Soleil couchant pour la licence globale

Ces petits artistes sont ceux que la plupart des gens souhaitent supporter, à la fois pour la diversité culturelle qu’ils assurent, et simplement parce que très souvent ils ont vraiment besoin de ces revenus. Avec un forfait basé sur la diffusion à la télévision et la radio, ils n’obtiendraient qu’une très faible partie de l’argent collecté. Dans le même temps, leurs aficionados disposeraient de moins de ressources financières pour supporter ces artistes, puisqu’ils auront déjà dû payer le forfait.

L’effet immédiat serait un système qui diminue les revenus des artistes pauvres et distribue l’argent à ceux qui sont déjà riches.

Une alternative, préférée par le plus grand nombre des partisans de la licence globale, est au contraire de mesurer ce qui est partagé sur internet et de baser les gains aux artistes sur ces mesures. Mais cela engendre d’autres problèmes.

Des milliards pour le porno

35% des téléchargements sur internet sont de la pornographie. L’industrie pornographique possède exactement la même protection du droit d’auteur que les autres productions audiovisuelles. Si les paiements d’un forfait culturel sont considérés comme un « dédommagement » pour le téléchargement d’oeuvres protégées par le droit d’auteur, alors, 35% de l’argent devrait immédiatement reversé à l’industrie pornographique. Pensez vous que les politiques devraient créer un tel système ?

Le point ici n’est pas de critiquer le porno en tant que tel. C’est une forme populaire de divertissement, et il n’y a rien de mal en soi avec ça. Mais ça ne veut pas dire qu’il ait besoin de milliards provenant de subventions gouvernementales. Au cours de l’histoire, c’est une industrie qui a démontré sa capacité à s’adapter de son propre chef.

Mais si vous souhaitez exclure le porno d’un système forfaitaire, vous n’aurez pas seulement à créer un « Bureau européen de la moralité et des bons goûts », ou quelque chose de similaire pour délimiter ce qui est de la pornographie ou de l’art. Plus essentiellement, vous ne pouvez plus utiliser l’argument que le forfait culturel est une “compensation” ou est relié au droit d’auteur.

Il devient plutôt, au mieux, une subvention culturelle aléatoire, au pire, un système de prélèvement non maîtrisé.

Bourrer les réseaux

Il est techniquement possible de mesurer ce qui est partagé sur Internet avec une précision relativement élevée. Certains ont argué du respect à la vie privée pour s’y opposer, mais dans ce cas précis, ce ne serait pas un vrai problème. La mesure doit être « suffisante », il n’est donc pas nécessaire de tracer chaque échange de fichier. Il est possible de construire des statistiques d’échange sans porter atteinte à la vie privée de chacun.

Mais à la minute à laquelle vous commencerez à rémunérer suivant des statistiques de téléchargement, les gens changeront de comportement. Aujourd’hui, si vous aimez un artiste qui a produit un nouvel album, vous le téléchargez pour pouvoir l’écouter. Mais si vous savez que votre artiste préféré gagnera de l’argent en proportion de vos téléchargements, vous le retéléchargerez sans cesse pour l’aider.

Puisque cela ne coûtera rien aux aficionados de télécharger chaque album des milliers voire millions de fois, c’est ce qui arrivera. Nous savons que les aficionados adorent leurs idoles et veulent qu’elles gagnent leur vie. Si tout ce que vous avez besoin de faire pour ce est de créer un script de trois lignes pour télécharger quand vous n’utilisez pas votre connexion, beaucoup d’aficionados le feront.

La seule vraie limite sur le nombre total de « Je-télécharge-pour-aider-mon-artiste-favori » sera la capacité de l’infrastructure Internet. En d’autres mots: avec une licence globale, le Netz sera en permanence congestionné par du trafic inutile, peu importe la capacité ajoutée par les opérateurs.

Une source de revenus pour les éditeurs de virus

Les virus sont aujourd’hui un problème majeur, malgré qu’il soit assez difficile pour leurs créateurs de les rentabiliser. Le but d’un virus est généralement d’installer une porte dérobée dans votre ordinateur, pour que celui-ce devienne part d’un réseau d’ordinateurs vérolés, un botnet, que le créateur du virus peut contrôler à sa guise.

Le détenteur d’un botnet peut vendre ses services à des organisations criminelles qui veulent envoyer du spam ou commettre diverses formes de fraude, mais à moins qu’il ait des liens avec le crime organisé, il n’est pas facile pour lui de rentabiliser ses talents. Mais avec une licence globale, tout change.

Chaque propriétaire d’un botnet n’aurait plus besoin que d’avoir un ami qui a enregistré une chanson couverte par le droit d’auteur. Ses milliers d’ordinateurs sous contrôle n’auront qu’à télécharger sans répit cette chanson. Grâce à la licence globale, ces téléchargements généreront automatiquement des revenus pour son ami.

Pour les formes de fraude les plus simples, la police arrivera peut-être à détecter son activité criminelle et à y mettre fin, mais on peut facilement imaginer que des systèmes de fraude sophistiqués verront le jour. La licence globale deviendrait donc une excellente source de revenu pour les criminels, pour les éditeurs de virus.

Un vrai faux problème

Il y a plusieurs arguments contre la licence globale, mais nous les sautons et allons directement à l’argument final, le plus positif : Les problèmes supposés n’existent pas.

Internet est une technologie révolutionnaire qui change la plupart des présuppositions de l’industrie de la culture. La tâche des politiques n’est pas de protéger les vieux modèles économiques ou d’en inventer de nouveaux. Cependant, les politiques doivent s’assurer que la société dans laquelle nous vivons puisse être florissante et que les gens créatifs peuvent gagner leur vie avec ce qu’ils font.

Il y a dix ans, lorsque le partage sur Internet à large échelle était un phénomène nouveau, il était peut-être raisonnable de s’inquiéter des suites de cette nouvelle technologie, et de se demander si cela ne rendrait pas la production culturelle absolument non-rentable, ce qui aurait eu comme effet une chute considérable de celle-ci.

Aujourd’hui, nous sommes mieux informés. Nous savons qu’il existe toujours plus de culture, et que ceux qui prédisaient la « fin de la musique » se trompaient. Il existe de plus en plus d’études d’universitaires qui montrent que les artistes gagnent plus d’argent qu’avant. Le partage fait perdre de l’argent aux labels, mais les artistes y gagnent.

Il n’est pas simple de gagner sa vie comme artiste, et ce ne l’a jamais été, mais Internet a ouvert de nouvelles opportunités pour les créatifs qui veulent trouver leur public sans avoir à vendre leur âme à des grandes compagnies qui étaient habituées à contrôler tous les canaux de distribution. C’est un changement très positif pour les artistes et les créateurs, à la fois d’un point de vue culturel et d’une perspective économique.

Il n’y a pas besoin de dédommager qui que ce soit parce que le progrès technologique améliore ce monde.

J’ai traduit en partie grâce à l’aide d’Étienne Loiseau (merci à lui !) ce texte à partir du chapitre 7 du livre de l’eurodéputé Christian Engström. J’ai vu ensuite que Romain Rivière avait déjà traduit cet article à partir d’un article du dit-député publié il y a plus d’un an sur son blog. Vous trouverez donc une autre version sur le site du Parti Pirate français.

Vendeur de glace à Berlin en 1957

De l’obsolescence du droit d’auteur actuel

Cet article est issu de la traduction du chapitre 7 du livre de l’eurodéputé Christian Engström et du meneur du Parti Pirate Suédois Rick Falkvinge. Merci à Étienne Loiseau pour en avoir réalisé la majorité.

Personne n’a jamais réclamé une taxe sur les réfrigérateurs

Il y a 100 ans, la compagnie « Stockholm Is » était l’un des plus importants employeurs de Stockholm en Suède. Leur commerce était aussi simple que nécessaire: aider à conserver les denrées périssables plus longtemps en distribuant du « froid » dans un format adéquat.

Pour cela, ils découpaient durant l’hiver de grands blocs de glace sur les lacs gelés, les conservaient dans des granges sur de la sciure, coupaient les blocs en de plus petits morceaux et les revendaient dans la rue. Les gens achetaient alors la glace et l’entreposaient avec la nourriture dans des placards spéciaux, les aliments étaient ainsi conservés au frais (Note).

Lorsque durant la première moitié du siècle dernier les foyers de Stockholm furent équipés de l’électricité, ces revendeurs de froid devinrent obsolètes. Après tout, ce qu’ils proposaient n’était rien d’autre que la possibilité de conserver la nourriture au frais, et à présent tout le monde en était capable.

Vendeur de glace à Berlin en 1957

Vendeur de glace à Berlin en 1957

Ce fut un processus assez rapide dans les villes. Avec la disponibilité du réfrigérateur à partir de 1920 environ, la plupart des foyers acquirent le leur à la fin des années trente. L’un des plus importants employeurs de la ville devint complètement obsolète à cause d’une avancée technique.

Il y eu de nombreuses tragédies personnelles à cette époque du fait que les vendeurs de glace perdirent leur gagne pain et durent se former afin de retrouver un emploi dans un nouveau secteur. Les vendeurs de glace ont souvent eu du mal à se reconvertir, et voir leur secteur se désintégrer à toute vitesse ne les a pas aidé.

L’adaptation, c’est le changement

Voici quelques faits qui n’ont pas eu lieu lorsque l’industrie de distribution de glace devint obsolète:

  • Aucun propriétaire de réfrigérateur ne fut poursuivi en justice pour « production de son propre froid », ignorant ainsi les sociétés de distribution de froid.
  • Aucune loi ne fut proposée pour rendre les compagnies d’électricité passibles de poursuites dans le cas où l’électricité qu’elles fournissaient aurait été utilisée d’une manière pouvant porter préjudice au travail de vendeur de glace.
  • Personne ne demanda une taxe mensuelle aux propriétaires de réfrigérateur au profit du syndicat des vendeurs de glace.
  • Il n’y a pas eu de prolifération de coûteux panels d’experts pour soutenir combien les vendeurs de glace étaient importants pour l’économie toute entière.

Par contre, la distribution monopolistique devint obsolète et l’économie en général bénéficia de cette décentralisation.

Retour vers le futur

Actuellement, on observe une répétition de ce scénario, mais l’industrie de la distribution – l’industrie du « droit d’auteur » – a l’audace de demander de légiférer et prétend que l’économie s’effondrera sans leurs services inutiles. Mais on apprend de l’histoire, qu’à chaque fois qu’une industrie devient obsolète, cela est bénéfique. Cela traduit que l’on a appris quelque chose d’important: faire les choses d’une manière plus efficace. De nouvelles compétences et de nouveaux secteurs industriels apparaissent toujours dans leurs sillages.

L’industrie du « droit d’auteur » nous ressasse que s’ils n’ont pas leur monopole de distribution préservé par la loi, accompagné d’amendes toujours plus lourdes si on ne le respecte pas, alors il n’y aura plus de création culturelle du tout. Comme on a pu le voir, c’est du blabla.

Ce qui pourrait être vrai, c’est que l’industrie du « droit d’auteur » ne puisse plus produire un morceau pour un montant d’un million de dollars. Mais on ne peut pas motiver une législation monopolistique basée sur ces coûts, lorsque d’autres font la même chose pour beaucoup moins cher – pratiquement zéro. Il n’y a jamais eu autant de musique disponible qu’aujourd’hui, simplement parce que chacun de nous aime créer. On ne le fait pas pour l’argent, c’est dans notre nature. On a toujours créé.

Qu’en est-il des films, des productions a cent millions ? Il y a des exemples de films produits dans un garage (et l’un d’eux à même battu Casablanca pour devenir le film le plus regardé de tous les temps dans son pays d’origine: le film Star Wreck en Finlande). Il est cependant peut-être vrai que l’argument est un peu plus frappant quand il s’agit de productions de type hollywoodiennes.

Jusqu’ici, l’industrie cinématographique a enregistré chaque année de nouveaux records durant la dernière décennie. Malgré tous leurs scénarios de « fin du monde », ils n’ont jamais aussi bien réussi financièrement qu’actuellement. Mais bon, il viendra peut être un moment où les gens seront moins enclins à payer pour des productions à cent millions.

Une évolution normale

Même s’il était vrai que les films ne peuvent être faits comme avant en respectant à la fois Internet et nos droits civiques, il se pourrait que ce ne soit qu’une progression naturelle de la culture.

Après tout, nous avons eu des opérettes, des ballets et des concerts de musique classique comme moments forts de la culture dans le passé. Ils existent toujours, mais ils ne sont plus le centre d’attention principale du public. Personne ne s’inquiète particulièrement que ces formes d’expressions ont eu leur apogée et que la société s’est tournée vers de nouvelles expressions de culture. Il n’y a pas de valeur propre à inscrire dans la loi les formes actuelles de la culture, empêchant ainsi les changements que l’on a toujours eu.

Partout où l’on regarde,  on remarque que les monopoles du « droit d’auteur » nécessitent d’être revus à la baisse afin de permettre à la société d’aller de l’avant à propos de la mainmise actuelle sur la culture et la connaissance. Aujourd’hui les adolescents n’y voient même aucun problème. Ils prennent tellement part à ce monde connecté comme si ça allait de soi qu’ils balayent tout contre-argument comme « balivernes de l’ancien monde ».

Et ils ne veulent sûrement pas payer une taxe sur les réfrigérateurs.

Note: Ceci explique pourquoi des personnes âgées appellent encore les réfrigérateurs « glacières ».

Voir le reste du livre en anglais, ou les chapitres un et deux ici.