Dans un éditorial publié dans le journal suédois Svenska Dagbladet hier, la Commissaire Européenne à la Société numérique a fait une déclaration surprenante : les politiques européens doivent comprendre que la liberté du Net est importante, et prendre garde aux revendications du Parti Pirate, ou perdre leur boulot.
Neelie Kroes est membre de la Commission Européenne, ce qui est à peu près l’équivalent européen d’un ministère. Neelie Kroes y est responsable de la «Société numérique», à savoir des questions concernant les médias et l’information, les télécommunications et l’informatique.
La Commissaire Kroes était en Suède pour la conférence EuroDIG (Dialogue européen sur la gouvernance d’Internet), et a saisi l’opportunité pour écrire un éditorial pour un des journaux suédois les plus connus. Outre la classique louange des compétences uniques du pays hôte, ce qu’aurait fait tout bon politicien à cette occasion, Neelie Kroes a aussi osé une première à ce niveau.
Internet a été un grand succès économiquement parlant, moins politiquement parlant. La liberté du Net est pour la jeune génération aussi importante que l’était la vague verte pour la génération de 1968. Le printemps arabe, le débat sur ACTA et la montée des Partis Pirates montre que la liberté du Net est un problème majeur, que nos politiques doivent prendre en compte s’ils ne veulent pas perdre en influence.
Rick Falkvinge, le fondateur du Parti Pirate Suédois, s’en félicite :
C’est exactement le message que nous essayons de faire passer depuis six ans, et je suis ravi de voir qu’il a été reçu au plus haut niveau, et cela fait aussi plusieurs années que je maintiens la pertinence du parallèle avec le mouvement des Verts.
Malheureusement, même après avoir publié un tel papier, il semble qu’elle ait quand même été défendre à EuroDIG la nécessité du filtrage du Net pour censurer la pédopornographie. Nous savons bien que c’est un pansement sur une jambe de bois, et lorsque la Commission a été accusée d’être «paranoïaque», Neelie Kroes a choisi de ne pas répondre. Chère Commissaire Kroes : dans un monde où la réputation est tout, il ne faut pas seulement parler mais aussi faire.
Il est très intéressant de voir que son approche est du style «C’est l’influence politique et le poids électoral qui comptent, donc vous, politiciens, devriez vous intéresser à la liberté sur Internet» plutôt que «Nous sommes en Europe, nous portons l’héritage des Lumières, donc la liberté d’expression est primordiale pour nous.» Ceci dit, voilà bien l’approche pragmatique que défendent les Partis Pirates depuis six ans : mettez les équilibres de pouvoir en danger en volant des voix aux politiques, vous obtiendrez le respect des droits civiques.
Merci à Jacob Hallén pour ses commentaires et informations. Article remodelé d’une traduction pour Falkvinge.