En travaillant avec l’eurodéputé pirate Christian Engström au Parlement Européen, il m’arrive souvent d’entrer en contact avec des lobbyistes de la propriété intellectuelle, des lobbyistes de la musique, du cinéma, ou de l’édition. Et il y a une chose qui me frappe toujours…
On a l’impression qu’ils n’ont pas la moindre idée de ce qui est en train de se passer.
Multi-connexion, hyper-distribution
Ils semblent ne pas réaliser que nous vivons dans une société de l’information avec un phénomène d’hyper-distribution.
Et si quelques uns semblent bien se rendre compte de la tendance générale, ils pensent que c’est le Parti Pirate lui-même ou même l’eurodéputé Christian lui-même qui a inventé Internet, la libre circulation de l’information et le partage.
(Nous y répondons parfois « Non, c’est quelqu’un de beaucoup plus futé ». Mais il n’ont pas l’air de capter la subtilité de notre humour, et encore moins le message)
Ce que fait le parti pirate, c’est «simplement» montrer quelles politiques sont raisonnables dans notre nouvelle société.
Des millions de gens sont en ligne, et tous peuvent, au moins en théorie, se connecter les unes aux autres. Il n’y a le plus souvent, et c’est surprenant, que très peu d’intermédiaires potentiels entre deux personnes (8 tout au plus). Toutes les données qui sont sur mon ordinateur pourraient être transférées sur le vôtre. Ou sur celui d’un réparateur de vélo chilien. Si elles sont suffisamment intéressantes.
Le potentiel d’Internet…
Certains entrepreneurs ont compris ce qui s’était passé. Ils créent des applications Internet, ils mettent en ligne leur boutique (et le plus souvent, plus ils sont spécialisés, plus ils ont du succès), ils développent leurs propres chaînes médias et créent des projets qui incitent à la coopération. La plupart du temps, ce peut être fait avec très peu d’argent. S’ils le choisissent, ils peuvent s’adresser au monde entier.
Pour les lobbyistes de la propriété intellectuelle, c’est le contraire…
Ils refusent de voir ou d’accepter le monde comme il est. Ils s’excitent parce que plus personne ne veut descendre en centre-ville pour acheter leurs produits gravés sur des galettes de plastique. Ils deviennent fous si quelqu’un partage l’information qu’il possède avec un ou une autre. Ils maudissent Internet. Ils veulent superviser, filtrer et contrôler le flux des informations. ils veulent couper les connexions à Internet. Cela ne leur pose aucun problème que de rendre le monde difficile à vivre pour tous les autres, tous les entrepreneurs, les scientifiques, les étudiants, les artistes, les bloggueurs et les gens normaux qui remplissent le web de leur créativité et de vie.
Les lobbys de la PI ne font aucun effort pour comprendre, accepter et adopter notre nouvelle réalité et notre nouvelle société de l’information. Ils le pourraient, s’ils le voulaient. Et ils pourraient devenir riches ce faisant. Mais jusque maintenant, ils semblent incapables de penser en dehors des sentiers battus.
…est le plus souvent méprisé.
Parfois, c’est presque surprenant. Nous avons rencontré quelqu’un de l’industrie de l’édition. Quelqu’un qui nous a expliqué, la lèvre haute, que la quantité d’information circulant sur Internet était un problème, puisque personne ne peut contrôler le processus de sélection, décider de ce qui doit être publié ou non. C’était tellement… condescendant.
Une société de l’information en ligne avec une grande multitude d’informations et une hyper-distribution, voilà le nouveau marché. Et sous beaucoup d’aspects, c’est un marché beaucoup plus libre qu’avant. Vous devriez l’accepter ou vous ranger sur le côté et regarder le train passer.
Car enfin, regardons les choses en face. Certains produits, certains modèles économiques, certains concepts et d’autres trucs finiront directement à la poubelle, puisqu’ils sont inadaptés à notre société moderne. Et ils devraient finir à la poubelle, libérant ainsi de l’espace pour d’autres trucs tout neufs, et plus rentables, plus orientés vers l’avenir, plus viables et plus florissants.
Personne ne peut prédire de quoi demain sera fait, et quels seront les prochains modèles économiques. Mais il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Nous trouverons des solutions, en définitive. Le marché s’en chargera. De lui-même. Il y aura toujours des gens talentueux pour développer de nouveaux produits. Vous pouvez appeler ça capitalisme, organisation spontanée, progrès, la main invisible, les effets dynamiques ou comme il vous plaira. Mais ce sera là.
Faites confiance à la Force !
Lire aussi le livre de l’eurodéputé en anglais, l’article de blog original, ou les traductions de ses chapitres ici.