Agencement d'un serveur web typique

Deleuze pour les développeurs : mixtes et agencements

Si vous voulez vraiment comprendre la technologie actuelle, vous devriez vous familariser avec la philosophie de Gilles Deleuze. Malheureusement pour les technophiles, elle est ancrée dans une tradition et un style d’écriture probablement opaque pour eux. Dans cette série de billets, l’auteur essaie d’expliquer Deleuze dans des termes compréhensibles par des  programmeurs. Voici le premier de la série.

Des philosophes grecs, comme Démocrite, soutenaient qu’il existait des ἄτομος. Des « insécables ».« ἄ »  signifiant « ne peut » et « τέμνω » « couper ».

C’était la plus petite chose existante. Vous ne pouviez les couper en deux. Tout était fait entièrement d’atomes.

Et devinez quoi ? La science moderne a trouvé des choses plus petites que les atomes tels que Démocrite les concevait.

Sacrebleu ! En tout cas, ce qui est sûr, c’est que certaines choses sont constituées d’autres choses, plus petites. Ça c’est certain. Nous ne savons toujours pas quels sont les composants élémentaires, mais parler de mixtes est un pari assez sûr. Même si les atomes sont constitués de plus petits éléments, nous savons qu’en tout cas ils forment des molécules et des corps plus grands. Ils sont entre deux, mixtes.

Alors comment peut-on parler de mixtes ? Un des outils fondamentaux du programmeur, c’est l’abstraction. Donc on peut décider q’un mixte est une boîte noire, et le traiter comme une entité, sans se soucier de ce qu’on a mis dedans.

C’est bien, c’est pratique mais il y a un problème : quand on commence à penser à une collection de choses comme juste une chose, on manque alors beaucoup de détails importants. Comme nous le savons, toutes les abstractions sont faillibles, alors en quoi une boîte noire est-elle faillible ?

Pensez à votre corps : c’est un dispositif complexe. Il est fait d’organes et d’une peau qui les enveloppe. Le tout est une boîte noire si on ne l’ouvre pas. Si nous avions vécu il y a quelques centaines d’années, parler de boîte noire pour le corps aurait vraiment été approprié. Après tout, si vous enlevez son cœur à quelqu’un, il meurt, sans que vous sachiez exactement pourquoi. La boîte a besoin de toutes ses parties. Aujourd’hui, les choses ont un peu changé. On peut transplanter un cœur, et il existe même des cœurs artificiels. Quelqu’un avec un cœur artificiel n’est pas exactement la même personne qu’avant, mais ça reste une personne. Penser un corps comme un tout n’est plus aujourd’hui une abstraction pertinente.

Éloignons-nous  de la biologie et considérons à présent les applications web. Voici le diagramme d’architecture d’un service web typique:

Agencement d'un serveur web typique

Agencement d’un serveur web typique

Ça a l’air normal, non ? Modifions-le un peu.

Agencement de ce même serveur, légèrement modifié

Agencement de ce même serveur, légèrement modifié

C’est le même service, n’est-ce pas ? Nous avons introduit quelques esclaves de base de données et un reverse proxy, qui nous permet d’enlever un des serveurs d’applis. D’un certain point de vue, ce service est équivalent au premier ; d’un autre, c’est différent : Il y a un composant supplémentaire, et ce composant crée plus de complexité. Nous aurons peut-être besoin de recruter un DBA et quelqu’un de talentueux pour blinder les confs. En d’autres termes, de nouvelles compétences sont nécessaires.

Alors comment appelle-t-on cette chose ? Un agencement. C’est constitué de plus petits agencements ; après tout, notre application peut utiliser le pattern Reactor, le modèle du worker Unicorn ou le modèle de threads de la JVM.

Selon le philosophe Levi Bryant, « Les agencements sont composés d’éléments ou d’objets hétérogènes qui entrent en relation les uns avec les autres »

Dans la métaphore du corps, ce sont les organes, et dans le diagramme système, ce sont les serveurs d’application, bases de données et files d’attente de tâches. Les agencements sont aussi des «objets» dans ce contexte, donc vous pouvez penser n’importe lequel de ces objets comme étant fait d’autres objets. Mais penser que tous ces objets forment un tout, comme une boîte noire, est pour nous incorrect, ou au mieux une abstraction erronée. Ces mixtes sont fait d’autres éléments que nous savons décomposer.

Regardons cet autre excellent exemple d’agencement : Internet. Les ordinateurs s’y connectent, déconnectent, reconnectent. Ils peuvent apparaître par intermittence ou bien rester là pour longtemps. Internet reste Internet même quand votre ordinateur est éteint. Mais nous en parlons comme d’un tout. C’est ce que Deleuze désigne par le terme d’agencement.

Il y a une bonne raison pour l’utilisation du terme générique d’« objet » ou « élément » par Bryant quand vous parlez d’agencement : les objets peuvent être des gens, des idées ou des parties corporelles. C’est là où l’idée informatique de système se distingue de celle d’agencement : vous pouvez intégrer vos utilisateurs dans la notion flexible d’agencement, c’est plus difficile quand vous parlez d’un système.

Et alors ? Et bien je voulais introduire ces termes élémentaires de mixtes et d’agencements et cette manière de raisonner. Ce sont des patrons de raisonnement. Des diagrammes. Dans les billets à venir, je vais utiliser ce patron de raisonnement pour m’intéresser à des problèmes particuliers, mais il vous fallait d’abord comprendre les termes de base.

Article original de Steve Klabnik

Rover sur mars

Joie des monopoles : les textos chambre-salon trois fois plus chers que ceux chambre-Mars

Le prix de transport de l’octet est plus élevé pour textoter votre frère ou sœur dans la chambre d’à côté que pour envoyer les mêmes messages sur Mars. Ce billet est le dernier d’une série visant à montrer pourquoi les fournisseurs d’accès à Internet et les opérateurs téléphoniques veulent tant contrôler le Réseau, et utiliseront toutes les ressources en leur possession pour empêcher son développement.

Focalisons-nous sur les textos. Lorsque nous avons relayé le rapport de l’OCDE selon lequel les opérateurs téléphoniques nous font payer 100 000 fois plus cher que nécessaire, un de nos lecteurs, Chris Monteiro, nous a fait remarqué qu’il était possible que le transport de données sur Terre coûte moins cher que le transport interplanétaire. Ça paraissait insensé. Mais calculons quand même pour voir.

Le coût de la mission Mars Global Surveyor était d’environ 200 millions de dollars américains pour le satellite et son lancement, et 20 millions de plus par an. Donc, environ 400 millions. La mission dura neuf ans, et a transmis à un débit moyen de 42 667 bits par seconde.

Mettons que le satellite ait transmis ses données jour et nuit avec le débit moyen donné, ce qui serait logique, car la NASA devait chercher à rentabiliser son satellite, et on avait 42 667 × 3600 × 24 × 365 × 9 / 8 / 1024 / 1024 / 1024 = 1410 Go de données pour 400 millions de dollars, soit environ 284 000 dollars américains par gigaoctet. Mettons 218 000 €/Go au taux de change actuel. Ce chiffre inclut le coût du lancement ainsi que les coûts des équipes de la NASA déjà un an avant que le satellite n’émette.

Prenons différents opérateurs français pour voir quel est le coût du Go de SMS en comparaison. Il suffit de diviser 1024 × 1024 × 1024 par 140, car un SMS fait 140 octets, et de multiplier le résultat, à savoir 7 669 584, par le prix du SMS. Pour référence, dès que vous payez plus de 218000/7 669 584= 0,028 €/SMS, vous payez déjà plus cher pour envoyer votre SMS à votre ami que pour l’envoyer au satellite en orbite autour de Mars.

Forfait de l’opérateur Mobicarte Orange Forfait RED de SFR Forfaits de Free
Go vers la France 766 958 € 1 150 437 € 76 695 €
Go vers l’Europe 2 147 483 € 2 300 875 € 76 695 €

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. La situation est complètement folle, certains opérateurs vous facturant votre SMS jusqu’à trois fois plus cher ce qu’il aurait fallu payer pour l’envoyer sur Mars, même quand cette évaluation du prix vers Mars inclut l’entretien d’une mission complète de la NASA pendant 10 ans !

On peut remarquer que la différence de prix entre Free et SFR est d’un à dix, et que le plus comique à la lecture des fiches tarifaires reste sans doute les tarifs vers l’étranger, où le SMS vers l’Allemagne coûte 28 à 30 centimes d’euros, ce qui fait un coût astronomique (Ohoh !) de 2 millions pour 1 Go de SMS, soit de 10 missions sur Mars pour communiquer avec nos voisins européens…

Il y a là une faille abyssale des instances de régulation du marché, qui devraient essayer de promouvoir une concurrence libre et non faussée, pas des grotesques oligopoles comme aujourd’hui. Cette concurrence amènerait les prix de vente à s’aligner sur les coûts de production.

Juste pour rigoler, calculons le coût d’un SMS s’il était facturé au prix du Go que paye le consommateur sur ses accès câblés, soit au maximum 25 centimes en moyenne. On peut arriver à mettre jusqu’à 7,67 millions de message dans un Gigaoctet, ce qui nous fait un coût de transmission de 33 nanocentimes le message. Certes les accès radios coûtent plus cher, mais pas de 10 ou 11 ordres de grandeur.

L’efficacité actuelle du marché des télécoms est donc proche du néant. Les opérateurs téléphoniques font des profits avoisinant les 5 000 000 000% à 50 000 000 000% sur les SMS que vous envoyez à vos amis dans la chambre d’à côté, et sont capables de se faire une marge de 100 000 000 000% sur les SMS que vous envoyez à vos amis d’Autriche. Soit, en français, des marges de cent milliards de pour-cents.

C’est une insulte à tous les clients, et une preuve irréfragable de la nécessité pour l’État de briser tout de suite les monopoles actuels qui étouffent le marché.

D’autant qu’il existe déjà des compagnies de la prochaine génération qui se feront un plaisir de tuer les anciens opérateurs en fournissant les mêmes services gratuitement. L’estonien Skype ou l’espagnol Fon peuvent offrir des services équivalents sinon meilleurs et en plus pour rien ou presque.

Il ne faut dès lors pas s’étonner que ces compagnies téléphoniques essayent par tous les moyens d’empêcher cet inévitable glissement dans le nouveau monde. Il n’y a pas de place dans ce monde pour des compagnies qui peuvent se permettre de faire des marges de cent mille milliards, qui verrouillent l’entrée sur leur marché, et empêchent ainsi le développement d’une multitude de nouvelles pratiques et de nouveaux services qui révolutionneraient notre société et nos industries.

À ce point là, de la part des autorités de régulation, ce n’est plus de la mauvaise régulation, c’est un carnage éhonté, de même que la réunion de Dubaï sur le contrôle d’Internet la semaine prochaine est scandaleuse pour tout esprit démocratique.

Précision : lorsque je dis que je voudrais un marché libre, j’entends par là un marché non-discriminatoire, où le coût d’entrée est faible, et où les prix de vente convergent vers les prix de production parce que la compétition fonctionne. Il ne s’agit pas de vouloir un marché sans règles, d’une part parce que cela n’existe pas sur Terre, d’autre part parce que les règles sont nécessaires pour empêcher la discrimination des acteurs. Le cas des télécoms est un bon exemple.

Article original de Falkvinge.

L'information veut être libre

L’opposition franche à la lex Google allemande de l’institut Max-Planck

L’institut de recherche Max Planck, au moins aussi connu outre-Rhin et dans le monde que le CNRS en France, vient de prendre position mardi dernier contre la loi en gestation, et sans mâcher ses mots : aucune justification objectivement ou juridiquement valable.

En Allemagne comme en France, les journaux de l’ancienne génération font campagne pour l’introduction dans la loi d’un droit voisin des éditeurs de presse sur les productions des journalistes, afin de faire payer Google pour sa réutilisation des titres de presse dans Google Actualités. Google a d’ailleurs lancé au dernier moment une campagne d’opinion s’opposant à cette loi.

Les signataires du communiqué, pour la plupart membres du département de l’institut dédié à la recherche en droit de l’immatériel et de la concurrence, dénoncent une série de conséquences de la loi qui seraient inacceptables pour l’économie et la liberté de l’information en Allemagne. Les autres signataires sont des professeurs de droit en Université ou des juristes de syndicats spécialisés en droit de la concurrence.

Selon le communiqué de presse :

Objectivement, un droit d’auteur voisin pour les éditeurs de presse est complètement dispensable. Il n’existe aucune défaillance du marché et aucune appropriation anti-concurrentielle de la valeur des services proposés par un tiers. Les moteurs de recherche ne se substituent pas aux offres des éditeurs, mais au contraire rendent leurs contenus visibles. Les fournisseurs de solution de recherche apportent une solution autonome et restrictible qui demande des moyens techniques et financiers non négligeables.

L’état de finition actuel du projet de loi est à peine dicible. De nombreux concepts sont pas ou mal définis, comme les termes « fixation rédactionnelle-technique de travaux journalistiques », « éditeur de presse » ou « fournisseur commercial de moteur de recherche ou fournisseur commercial de services, […] qui traitent les contenus ».

Le projet de loi amènerait obligatoirement à une collision frontale entre le droit voisin des éditeurs et les droits des auteurs des contenus. Un journaliste a généralement intérêt à ce que ses travaux soient visibles dans les moteurs de recherche. Cependant la décision tiendrait entièrement dans la main des éditeurs.

Beaucoup d’éditeurs de services ne seraient pas en mesure de payer pour insérer des liens dans leurs services. Il existe donc le danger que beaucoup de produits de presse allemands ne soient plus visibles. En souffriraient les éditeurs, les auteurs et les internautes qui cherchent des informations sur Internet. Indirectement cela endommagerait l’économie allemande dans son ensemble.

Conclusion :

De manière générale, le projet de loi du gouvernement ne semble pas réfléchi. Aucune argumentation objective ne le justifie. Il est même surprenant qu’il ait été proposé puisque le ministère de la justice avait complètement évacué l’idée de l’introduction d’un tel droit lors d’une audition par le Parlement le 28 juin 2010. Même les éditeurs de presse ne semblent pas d’accord entre eux.

Pour ces raisons, il n’y a aucune raison de voter la réglementation proposée.

Via Netzpolitik.

Des masques cauchemardent

Google : les ennemis de mes ennemis sont mes amis

Note de mise en contexte : Google a lancé une campagne en Allemagne contre les droits voisins pour les éditeurs de presse.

C’est à présent clair. Les réflexes anti-Google frappent de nouveau. Après que Google ait lancé dans les toutes dernières minutes une campagne contre les droits voisins pour les éditeurs de presse, celle-ci n’est pas comprise par les activistes comme une chance de sensibiliser le public au sujet des biens communs. Il faut la combattre.

Les activistes ne devraient-ils pas trouver ça formidable ? Google se mobilise sur sa page d’accueil pour un thème que les «mouvements du Net» n’ont jamais pu vraiment mettre à l’agenda politique. Un sujet qui n’a jamais été traité proprement par la grande presse, à cause d’intérêts corporatistes. Un sujet qui montre clairement les limites des mouvements d’activistes.

Et à présent s’ouvre la possibilité de travailler de concert avec la puissance de feu de Google dans un dernier élan contre la loi décriée. Mais ce qui se passe, c’est que les gens prennent leurs distances.

Bien sûr, Google n’agit ici que par pur intérêt capitaliste. Bien sûr, cela surprend quand un grand groupe entreprend une campagne politique. Bien sûr, c’est nouveau et inhabituel que les firmes veuillent mobiliser politiquement les gens.

Mais tout cela n’est-il pas égal, quand le but est juste ? Le projet de loi sur les droits voisins pour les éditeurs de presse est fortement marqué par la patte de quelques lobbys, qui le défendent eux aussi ardemment et publiquement. Ce projet milite contre la libre circulation de l’information. Cette liberté m’est essentielle en tant que blogueur et son absence créerait une grande insécurité juridique pour beaucoup. Ce droit voisin servirait à subventionner d’autres intérêts capitalistes comme les éditions Axel Springer, qui sont loin de valoir mieux que Google, rien que pour le fait qu’ils agissent contre les intérêts des internautes. C’est pourquoi je n’ai aucun problème à soutenir un grand groupe contre d’autres grands groupes.

Que Google soit une pieuvre à données, qui gagne sa vie en monétisant notre vie privée, en profilant les gens et en vendant de la pub personnalisée, c’est certain, mais différent de l’enjeu actuel. De même, que Google défende ses intérêts dans le monde entier à l’aide de lobbyistes, c’est évident. Que Google modifie souverainement et sans transparence ses résultats de recherche, c’est clair. Et qu’il ne faille pas croire Google pour tout, c’est certain.

Bien sûr il faut aussi se mobiliser contre Google et mettre en place des lois plus restrictives. Mais il faut faire la part des choses. Je peux trouver que la protection de la vie privée par Google, c’est de la merde, et en même temps travailler avec eux sur d’autres sujets. C’est comme cela que fonctionne les coalitions au Parlement. Ça a toujours été comme ça. Il faut toujours mordre la pomme amère à un moment ou un autre.

Beaucoup d’activistes du Net ont peur d’être mis dans le même panier que Google. Le financement des ONGs par Google est une question brûlante, puisqu’il sape la crédibilité et l’indépendance des financés. De plus bon nombre de journalistes cherchent pour l’instant à assimiler les activistes de la société civile à des suppôts de Google. Ça explique les réflexes défensifs de ces derniers.

Mais ceux qui n’ont aucune connexion financière à Google peuvent allègrement soutenir leur campagne. Elle est bien construite, elle est émotionnelle et pose les vraies questions. Elle avance à découvert et ne cherche pas à masquer d’où viennent les coups. Aussi longtemps que Google ne se met pas à diriger toutes les campagnes d’information ou ne se met pas à défendre une bizarrerie comme l’astroturfing, cela fait sens de collaborer à des objectifs communs.

Cependant, les activistes politiques ne devraient jamais se fier totalement à Google : en tant qu’acteur économique, Google verra toujours ses intérêts en premier, et ne peut donc être qu’un partenaire de travail occasionnel pour la défense des libertés civiles.

Article original de John F. Nebel.

Un vieux cadran de téléphone

Les opérateurs téléphoniques nous font payer 100 000 fois plus cher que nécessaire

Un rapport de l’OCDE passé relativement inaperçu explique pourquoi les opérateurs de téléphonies n’améliorent pas les connexions à Internet des entreprises et des particuliers européens : en forçant leurs clients à utiliser la téléphonie classique plutôt que la téléphonie par Internet ils pratiquent des tarifs trop élevés de cinq ordres de grandeur.

Ce rapport cité par Glyn Moody décrit à quel point l’architecture horizontale d’Internet surpasse l’architecture verticale des réseaux de téléphonie classiques en terme d’efficacité et remarque que pour 99,5% des connections sur Internet aucun accord écrit n’a dû être signé. (Au contraire en téléphonie classique vous ne pouvez même pas vous abonner sans accord écrit). Ce rapport se base sur ces observations pour affirmer que l’industrie des télécommunications n’a pas à se mêler d’Internet à la prochaine réunion de l’ITU (International Telecommunications Union), en accord avec  la récente résolution du Parlement européen.

Mais ce rapport souligne aussi un autre phénomène : Internet offre bien plus de services que les services de téléphonie traditionnels à un coût moindre de cinq ordres de grandeur. En d’autre termes, l’industrie des télécommunication fait actuellement payer ses services de téléphonie cent mille fois trop cher par rapport au prix des connexions Internet. (Ce qui est en accord nos précédentes observations évaluant à exactement zéro les prix à venir des communications vocales et du stockage de données, l’OCDE ayant probablement plus de poids que ce site). Si les opérateurs de téléphonies parviennent à maintenir cette situation, c’est parce qu’ils contrôlent fermement les accès au marché, ayant racheté tous les petits fournisseurs d’accès à Internet alors que celui-ci commençait à se démocratiser. Développer les accès à Internet en fonction des intérêts des consommateurs n’est pas dans leur intérêt, ils ne le font donc pas.

Cette position de gardien ne leur sert pas uniquement à empêcher le développement du réseau — elle leur sert aussi à empêcher les infrastructures actuelles de menacer leurs profits obscènes (pensez par exemple aux applications de voix sur IP pour smartphones et à la façon dont la plupart des opérateurs de téléphonie sabotent le débit de Skype).

Il est difficile d’appréhender cette énorme aberration — un surcoût de cinq ordres de grandeur — voici un exemple plus parlant.

Si votre facture de téléphone était de 500 euros l’an dernier, elle aurait dû être d’un demi-cent d’après l’OCDE.

La performance du modèle Internet est sans rapport avec celle des formes traditionnelles de communication vocale. Si le tarif du trafic Internet était exprimé en prix à la minute de communication vocale, il serait de 0.0000008 $ par minute cinq ordres de grandeur moins élevé que les tarifs usuels.

Nous avons déjà évoqué cette situation absurde où nous devons l’absurdité de payer à la minute pour une connexion de 9,6kb/s, qui ne peut être utilisée que pour les communications vocales, alors que nous avons à notre disposition une connexion sans restriction à des débits de plusieurs Mb/s.

Où vont tous les bénéfices de ces surtaxes ? Les opérateurs de téléphonies ne rendent pas leurs comptes publiques. La plupart de cet argent est investie dans la maintenance d’un réseau de téléphonie obsolète, servant à brider le développement d’Internet, qui est largement plus efficace et n’est pas sous la coupe d’une petite élite. Le reste entretient des sociétés qui n’ont pas évoluées vers des stratégies fondées sur le réseau — des sources sûres mais officieuses affirment que Deutsche Telekom a à elle seule un sureffectif d’au moins 100 000 employés.

Il n’est pas dans l’intérêt public d’entretenir des emplois qui n’apportent rien à la société (sans quoi nous en serions encore à labourer les champs à la main et à détruire les machines à tisser). Si nous pouvions mettre en phase l’industrie des télécommunications et l’intérêt public cette industrie serait décimée, mais la nouvelle génération serait libre d’entreprendre et la croissance économique exploserait dans de nouveaux secteurs. C’est dans l’intérêt de tous.

Bon, de tout le monde sauf cette industrie. Jusqu’à ce que cette situation change — et il faudra probablement passer par des réformes politiques pour cela, en commençant par la neutralité des réseaux, puis en ouvrant le développement des réseaux à d’autres acteurs que les sociétés de télécommunication — nous continuerons à subir ces surcoûts et le développement de l’accès à Internet restera bridé, stoppé sur place puis retardé.

Article original de Falkvinge.

Google-2012-11-27-08-59-59

Allemagne : Google refuse de subventionner les journaux et fait campagne

Google Allemagne vient de lancer une campagne « Verteidige Dein Netz », « Défend ton Réseau » contre le projet de loi local qui l’obligerait à payer pour la réutilisation des titres et résumés des articles de journaux sur Google Actualités.

Pour l’instant, cette campagne consiste en une page « 10 faits à propos des droits voisins », une application « Trouve ton député », et la possibilité de s’abonner à une lettre d’infos. La méthode est similaire à celle utilisée pour faire campagne contre SOPA/PIPA aux États-Unis. Un lien a été mis sur la page d’accueil de Google Allemagne pour informer sur la campagne.

Google-2012-11-27-08-59-59

Tu veux aussi trouver ce que tu cherches à l’avenir ? Défend ton Réseau !

Le message que veut faire passer la vidéo est clair : « La fin d’Internet est à nos portes ».

« Depuis 10 ans tu peux trouver n’importe quand ce qui t’intéresse. Un projet de loi veut changer ça. Est-ce que c’est ce que tu veux ? Implique toi. Défend ton Réseau. »

Il n’est pas certain que le droit voisin pour les éditeurs de presse aura les effets décrits par Google, parce que le projet de loi est pour l’instant beaucoup trop flou. Ce qui est sûr, c’est que Google s’impose comme un acteur politique essentiel à la discussion, en faisant sa propre campagne de presse, et ce alors que commence le processus parlementaire.

Article original de Markus Beckedahl sous CC-BY-NC-SA.

Renard assis

Se fier aux fournisseurs d’accès pour améliorer Internet, c’est se fier à des renards dans un poulailler

C’est de la folie pure que de faire confiance aux compagnies de télécoms pour déployer Internet. Ces boîtes ont tout intérêt à retarder et empêcher toute amélioration de la bande passante ou de la neutralité, puisqu’une bande-passante omniprésente, ample et bon marché menacerait leurs investissements.

L’aventure du Net

Au tournant du siècle, les gens en Suède riaient grassement en écoutant les discussions des américains qui se demandaient s’il valait mieux utiliser le câble ou l’ADSL. En Suède, la plupart des maisons avaient été fibrées depuis des années. Moi, Falkvinge, j’avais la fibre dans mon appartement et un débit symétrique à 100 mégas avec une IP statique depuis 1999. Mon serveur était hébergé chez moi.

Je devrais ajouter qu’il n’y avait aucune limitation de rapidité ou de quantité de données échangées, et que c’était bidirectionnel. Ça aurait dû rester comme ça, mais ça ne l’a pas été, comme je vais l’expliquer.

À l’époque, passer un coup de téléphone paraissait déjà anachronique. Pourquoi payer un demi euro la minute pour une connexion 56k quand vous pouviez en passer 10 000 à la place pour un prix fixe bien inférieur ? Les industries de télécom allaient bientôt mourir ou se réduire à peau de chagrin. Nous n’utilisions les services des opérateurs téléphoniques qu’en attendant de passer à autre chose.

Puis, la bande passante de notre foyer fut restreinte. Alors que les capacités de stockage et de calcul des ordinateurs croissaient exponentiellement, la bande passante disponible se réduisit. Tous les petits fournisseurs d’accès à Internet furent rachetés par des gros de l’ancien monde de la téléphonie : Orange, SFR ou Bouygues par exemple en France.

Aventure brisée par les télécoms

C’était aussi prévisible que l’horloge de votre grand-père.

Ça fait sens, après tout : Tous ces commerciaux allaient mourir, donc il firent une manœuvre à la Red Flag, en prétendant qu’ils adoraient Internet, tout en essayant d’empêcher sa croissance et son utilité publique. Si Internet gagne, il désintégrera les entreprises du câble et les opérateurs téléphoniques. Ce qu’ils savent.

Plus que les diverses restrictions mises en place pour empêcher Internet d’être utile, c’est leur manque d’investissement dans des infrastructures qui rendraient Internet omniprésent et très bon marché qui est le principal problème. Regardez par exemple la longue décennie de stagnation de capacité des infrastructures que nous venons de passer.

En 1999, la Suède était n°3 pour la rapidité moyenne de téléchargement montant, après seulement le Japon et la Corée du Sud. À présent, la Suède est en place 18 derrière Hong Kong, Singapour, Taïwan, mais aussi l’Ukraine, la Lettonie, la Lituanie, la Moldavie, et la Roumanie ! À présent en Europe, les pays de l’Est dépassent largement les pays de l’Ouest.

Les politiques qui sont justifiées par l’idée que les opérateurs de télécommunication investiront dans le développement de la bande passante sont folles. Dans la même idée, au début de l’automobile, vous auriez pu subventionner les rares vendeurs de carrosse restant pour investir dans la recherche automobile. Ce qui se passe est au contraire que cette industrie chargée de la recherche des meilleures solutions pour la dépasser acceptera volontiers l’argent public et n’en fera rien, pour en demander plus.

Par exemple, le WiMax est un fiasco. Le WiMax était le «Wifi à l’échelle de la ville». C’était un réseau wifi à longue distance dont les performances dépassaient celles de la 3G et qui ne coûtait pas cher à déployer. Les compagnies de télécoms ont réussi à placer les fréquences officielles du Wifi dans le spectre qu’ils contrôlent. Et le WiMax en est aussitôt mort, aussi sûrement que les pierres tombent. Nous aurions pu avoir des couvertures réseaux urbaines sans identifiant, sans restriction de rapidité ou de taille de données échangées, et… rien. C’est pourtant dans l’intérêt de tous sauf des télécoms.

Techdirt a récemment souligné dans un article que le lobby des télécoms demande de plus en plus le contrôle d’Internet, dans un article titré : «Télécoms de l’UE: donnez leur plus de taxes, et Internet reste sauf».

L’alternative ? Les compagnies d’électricité

Quelle est donc l’alternative, si ce n’est pas de faire confiance aux télécoms ?

Je dirais que les compagnies d’énergie sont de bien meilleurs partenaires publics pour développer Internet. Leurs réseaux sont décentralisés et résilients, comme Internet. Ce sont des investissements de long-terme pour un courant de qualité. Et surtout, ils n’ont aucune vache à lait qui sera tuée par Internet. En Islande, la construction des réseaux énergétiques se discute d’ailleurs en même temps que le déploiement du très haut débit.

De fait, ma connexion actuelle à Internet, avec de nouveau 100 Mb/seconde en débit montant, soit 13 Mo/seconde, est délivrée par ma compagnie locale d’énergie. Vous connaissez beaucoup de gens qui font tourner leur serveur chez eux grâce à leur opérateur téléphonique ?

Je me demande souvent combien d’entreprises en Europe n’ont pas démarré parce qu’elles ne pouvaient pas démarrer à petite échelle à partir de chez soi, et donc quelle est l’ampleur des dommages que les fournisseurs d’accès à Internet ont déjà fait à l’Europe ?

Article original de Falkvinge, en anglais.

50 réaux

Le Brésil dilapide ses atouts économiques en tuant les libertés civiles sur Internet

Mercredi dernier, le parlement brésilien a tué la charte des droits de l’Internet Marco Civil, pourtant annoncée avec tant de fracas et louée par les entrepreneurs et les défenseurs de la liberté d’expression dans le monde entier. Ce projet de loi enterré, on peut parfaitement considérer que le Brésil a tué ses chances d’être le plus brillant des grands pays émergents. BRICS ne sera bientôt plus que RICS.

La charte Marco Civil était une pure merveille. Elle aurait permis au Brésil de développer les entreprises du futur au lieu d’encourager des secteurs périmés.

Le Marco Civil aurait établi que :

  • Le droit à l’accès à Internet est une précondition à l’exercice de la citoyenneté;
  • Dès lors, personne ne peut être déconnecté pour une autre raison que la rupture d’un contrat;
  • Les intermédiaires bénéficient d’une immunité totale. Personne n’est responsable du contenu des messages transmis sauf si un juge l’a ordonné, au cas par cas;
  • La neutralité du Net fait partie de la loi;
  • Toutes les régulations d’Internet à venir doivent être basées sur la préservation de l’ouverture du Net, de sa culture participative et de l’encouragement de l’entrepreunariat.;
  • Les mêmes règles sur la vie privées sont valables en- et hors-ligne;
  • et bien plus.

C’était vraiment une bonne proposition, à lire en anglais ou en portugais (format pdf).

Bon, ce n’était pas parfait non plus. La rétention des données de télécommunication y était obligatoire pour une durée d’un an. Il y avait quand même des gardes-fous pour réguler la circulation de ces données, et dans l’ensemble, c’était une proposition si largement positive qu’elle a semblé unique au monde au fondateur du Parti Pirate Suédois Rick Falkvinge, qui l’a dit aux médias brésiliens cet été.

En n’enfermant pas le Brésil dans les carcans rigides des industries dépassées du Nord, à savoir les télécoms et l’industrie de la culture, cette charte aurait permis au Brésil de passer directement à la prochaine génération d’entreprises.

Mais hélas, trois fois hélas… Les vendeurs de glace ont encore tué les vendeurs de réfrigérateurs.

Le gouvernement brésilien a fait l’erreur de prendre les intérêts particuliers des fournisseurs de télécoms et des vendeurs de disque pour l’intérêt général. Les ministères de la Culture et des Communications ont été ardemment lobbyisés. La secrétaire de la culture, Marta Suplicy, a tellement insisté sur la nécessité d’une riposte graduée qu’elle finit par faire rayer l’immunité des intermédiaires de la charte.

Les mécanismes de riposte graduée servent à envoyer automatiquement, et sans vraie pertinence, des millions de notifications par semaine pour menacer les gens de représailles s’ils continuent à parler librement. C’est ce qui a permis à l’industrie du pétrole de tuer les protestations de Greepeace. Vous pourriez penser que ce pays dynamique, le Brésil, savait faire mieux que ça.

Donc tout d’un coup, les fournisseurs d’accès à Internet était responsables du contenu de leurs tuyaux, et Greenpeace ne pouvait pas protester au Brésil non plus.

Comme ça n’était pas suffisant, l’industrie des télécoms s’est assurée de tuer aussi la neutralité du net dans la loi proposée. Autant dire que le Brésil est passé directement d’un pays d’entrepreneurs innovants à un un pays moyenâgeux.

S’il pouvait être évident que Big Brother se nourrit de l’industrie du droit d’auteur, il faut aussi reconnaître que l’industrie des télécoms ne veut pas non plus être refoulée au simple rôle d’intermédiaire. Leur faire confiance pour sauvegarder la neutralité du net, c’est faire confiance à un renard dans un poulailler.

Il est difficile de comprendre pourquoi le Brésil les soutient. Ce n’est pas du tout dans leur intérêt.

Pendant ce désastre, deux lois sur la cybercriminalité, dont une qui pénalise l’accès à des informations sensibles via Internet, ce qui est encore une folie, ont été passées. Reléguant définitivement le Brésil à un pays en voie d’arriération.

Article original de Falkvinge, en anglais, aussi disponible en portugais.

Creepy l'oiseau

Gêne dans les données : déséquilibre entre les besoins de la recherche et le droit à l’anonymat

Le stockage massif de données est cool pour la recherche, mais y cibler des personnes devient de plus en plus facile. Il faut changer notre manière de traiter les données privées.

  1. La recherche
  2. Trois données, une identité
  3. La lettre des données est plus importante que jamais

La recherche

Pour l’instant il est de la dernière mode de parler de «Big Data». Les grands ensembles de stockage de données sont seulement la conséquence logique de la numérisation continuelle de notre société. Tous les recoins de nos vies sont à présent branchés sur des réseaux, et dans ces réseaux tombent naturellement de plus en plus de données.

Les grandes entreprises et les services secrets accumulent depuis longtemps d’immenses bases de données. Les banques vérifient les comptes de leurs clients en calculant si leur comportement est statistiquement normal. La chaîne de supermarché américaines Wallmart traitait il a deux ans un million de transactions par heure. Facebook sauvegarde plus de 200 milliards de photos d’utilisateurs, et 10 millions s’y rajoutent chaque jour. Facebook y scanne les visages de ses clients et entraîne ainsi ses propres algorithmes de reconnaissance faciale. L’Agence de la Sécurité Nationale américaine construit dans l’Utah un centre gigantesque d’espionnage pour rassembler et quadriller des bases de données dans des proportions inimaginables.

Tout cela n’est pas nouveau. Mais l’arrivée d’une myriade de développeurs et de chercheurs l’est. De nouveaux résultats intéressants sont découverts. Des chercheurs d’Harvard ont comparé les données de 15 millions de téléphones portables kényans pendant un an avec la propagation de la malaria. Cela a permis de localiser les foyers originels et de visualiser le déplacement de la maladie, pour remarquer que les hommes sont autant responsables de sa propagation que les moustiques. La polio est aussi combattue avec des grosses bases de données de téléphones portables.

La polio est aussi combattue avec des grosses bases de données de téléphones portables en Afrique, tandis qu’en Grande-Bretagne, les diagnostics et ordonnances de tous les patients doivent être toutes rassemblées et liées à d’autres bases de données. C’est vu comme une révolution médicale.

Trois données, une identité

On promet toujours d’anonymiser les données. Mais l’effet pervers de ces bases gigantesques est qu’une anonymisation traditionnelle, c’est à dire simplement la suppression des colonnes «nom-prénom-adresse», ne suffit pas, et qu’il devient de plus en plus facile de remonter aux personnes.

Déjà dans les années 90, le gouverneur du Massachusetts avait considéré que les données médicales qu’il avait laissé publier respectaient la vie privée, parce qu’elles ne contenaient pas d’informations personnelles.

La chercheuse Latanya Sweeney a rapidement désanonymisé les données en les croisant avec d’autres. Elle put retrouver le dossier médical du gouverneur et le lui renvoyer.

Sweeney a trouvé en 2000 que 87% des américains pouvaient être clairement identifiés avec seulement trois données : le genre, la date de naissance et le code postal. De plus en plus d’études montrent qu’il est très facile de désanonymiser des données apparemment anonymisées. La société royale d’Angleterre a récemment publié un rapport sur la question, montrant que «la sûreté des données personnelles dans les banques de données via leur anonymisation ne peut être garantie si l’on cherche activement l’identité des gens».

Déjà dans les années 80, le Chaos Computer Club avait étendu l’éthique hacker comme suit : «Utiliser les données publiques, protéger celles privées». Mais qu’est-ce qui est privé ? public ? La chercheuse en sciences sociales Danah Boyd s’est intéressée il y a deux ans à cette question. Elle est convaincue que «Ce n’est pas parce qu’on a accès à des données qu’il est éthique de les utiliser».

Les opérateurs téléphoniques sauvegardent les données de localisation et de connexion pour établir les factures. Lorsque la filiale allemande de Telefónica, O2, a essayé d’utiliser ces données pour faire de la publicité ciblée, elle s’est heurtée au ministre de l’Économie, puis a abandonné l’idée pour l’Allemagne. En droit allemand existe le concept de «Zweckbindung» (utilisation strictement nécessaire), selon lequel les données ne peuvent être utilisées qu’à des fins précises et définies.

La lettre des données est plus importante que jamais

Un gros problème pour l’application de la Zweckbindung est cependant que, dans une société numérique comme la nôtre, il devient impossible de savoir quelles données sont utilisées, revendues ou obtenues de nous. Pourtant une condition essentielle pour des décisions rationnelles est justement ce savoir. Les consommateurs devraient être régulièrement informés par les firmes, les institutions et les autorités d’où et comment sont stockées leurs données personnelles. Ce concept de la lettre des données, ou Datenbrief en allemand, devient de plus en plus important.

Les consommateurs devraient pouvoir aussi choisir en toute conscience des usages qui sont faits de leurs données personnelles. Les pratiques actuelles sont de cacher dans des conditions d’utilisation illisibles et interminables ces usages, pour que l’utilisateur donne son blanc-seing et ne pose pas de question. Il doit aussi pouvoir être possible de déposer plus facilement un recours quand on utilise mes données à des fins que je n’ai pas approuvées. Cela permettrait d’arriver à équilibrer les intérêts savants des chercheurs et le droit à l’autonomie décisionnelle de chacun.

Article original d’Andre Meister paru en allemand sur Netzpolitik.org

Carte visa

Le Parlement européen propose de réguler les refus de service de Visa, Mastercard et Paypal

Mardi dernier, le Parlement européen a initié une nouvelle législation pour réguler les compagnies de carte de crédit et les empêcher de refuser leurs services. Cette régulation est la suite logique de la coupure des fonds qu’a subie Wikileaks, ou qu’ont déjà subie à répétition des petits entrepreneurs. C’est le Parti Pirate qui a lancé la nouvelle régulation.

Que Visa, Mastercard et Paypal contrôlent les valves de tous les flux d’argent sur cette planète est devenu un problème de plus en plus important. En proposant une régulation visant à limiter le droit de ces compagnies à refuser leurs services, le Parti Pirate a donné suite à l’arrêt unilatéral des dons à Wikileaks par ces compagnies après que Wikileaks ait mis dans l’embarras certains gouvernements.

Dans la semaine précédant l’initiative de régulation, plusieurs banques suédoises ont été prises en flagrant délit de discrimination arbitraire envers des entreprises totalement légales qui vendaient des produits que n’agréaient pas ces banques, comme des films d’horreur ou des sex toys. En même temps, ces banques n’hésitaient pas à investir dans une entreprise comme Lundin Petroleum, inquiétée pour sa possible aide au génocide en Soudan. Lorsque des explications furent demandées à ces banques, elles renvoyèrent à de vagues exigences émises par Visa et Mastercard, qui semblent ainsi pouvoir décider souverainement qui a le droit de commercer ou non sur cette Terre. Il y a clairement un problème.

Le Parlement européen a adopté le passage suivant, qui fait partie d’un rapport plus large, en demandant que soit réglementé en la matière. Le texte suivant a été inséré par l’eurodéputé pirate Christian Engström :

32. (Le Parlement) estime qu’il est probable que les entreprises dont l’activité dépendra effectivement de la capacité à accepter les paiements par carte seront de plus en plus nombreuses; considère qu’il est de l’intérêt public de définir des règles objectives déterminant les circonstances et les procédures selon lesquelles les systèmes de paiement par carte pourront refuser unilatéralement de donner leur accord;

Christan Engström a commenté ce progrès dans un communiqué de presse :

Il n’est pas raisonnable que Visa ou Mastercard bloquent le commerce des vendeurs de sex-toys suédois parce qu’ils ont peur des fondamentalistes américains.

De même le blocage par ces compagnies des dons à Wikileaks n’avait aucune base légale, et avaient pour unique but de servir les intérêts du gouvernement américain. Il est intolérable que des compagnies privées puissent bâillonner qui ils veulent arbitrairement.

Article traduit de l’anglais. Original de Falkvinge.

Libre comme un oiseau

Surprise ! Facebook n’aime pas la nouvelle régulation sur la protection des données !

Facebook a récemment envoyé à la CNIL irlandaise via ses lobbyistes un rapport de 40 pages sur la position de la compagnie concernant le projet de régulation de la protection des données, en s’opposant régulièrement aux mesures proposées. Le groupe Europe vs Facebook a pu se le procurer. Morceau choisi de la première page : 

«Le nouveau cadre législatif devrait se concentrer sur l’encouragement des meilleures pratiques au lieu d’imposer des règles précises et techniques qui seront rapidement obsolètes et coûteuses, pour les utilisateurs comme pour les fournisseurs de services»

Facebook préférerait ne pas devoir composer avec le Contrôleur européen de la protection des données. Mieux vaudrait s’adresser directement à l’instance de protection des données irlandaises, comme c’est le cas actuellement. Cette cour semble être très favorable aux entreprises, et c’est un euphémisme. En témoignent les nombreuses difficultés du groupe Europe vs. Facebook pour réussir à obtenir cette instance de régulation l’application des régulations européennes déjà existantes.

Viviane Reding l’avait déjà signalé dans une interview traduite sur ce blog : l’Europe voudrait harmoniser par le haut la protection des données, tandis que l’Irlande ou l’Angleterre tirent vers le bas les standards de protection pour attirer les entreprises internationales, qui les utilisent comme plate-formes d’accès aux marchés européens.

Facebook s’oppose à l’obligation de demander le consentement explicite des utilisateurs pour diffuser leur contenu, au droit à l’oubli, ou à la limite légal à 18 ans pour pouvoir accepter la diffusion de ses contenus. Facebook préfère que la responsabilité pénale commence à 13 ans.

Facebook s’oppose aussi à la possibilité pour les utilisateurs de supprimer les contenus postés sur eux par d’autres, ou à la nécessite de notifier les autorités de régulation de toutes les fuites de données.

Last but not least, la compagnie s’oppose fermement à l’augmentation des amendes pour les infractions aux lois sur la protection des données, parce que le respect de ces lois serait coûteux, à la fois pour l’État et pour les entreprises, et que par conséquent celles-ci risquent de moins coopérer avec l’État :

«Facebook est préoccupé par le fait que l’ampleur des amendes potentielles pourrait désinciter l’innovation et la création d’emploi dans la fourniture de services par Internet. Cela pourrait limiter l’essor du secteur économique d’Internet dans l’Union Européenne, pourtant le premier secteur de création d’emploi dans un environnement économique moribond.»

Sinon, Facebook veut bien sûr qu’il soit plus facile de transférer des données en dehors de l’Union Européenne.

Vu le contenu du rapport (en anglais), il est surprenant que Facebook ne demande pas plus simplement qu’on enterre nos principes de respect de la vie privée.

Par l’Edri, en anglais.

Empreintes de doigts

Un goût de 1984 : L’usage de la biométrie en Argentine aujourd’hui

Il y a quelques temps, lors d’une série de billets de Falkvinge sur le prétendu paradis des libertés civiles que serait la Suède, il y avait un post sur l’indexation des empreintes ADN en Suède . Le pays serait «à la pointe» dans le domaine. Je ne sais pas si la Suède peut se targuer d’être au top, mais, quand j’ai lu et traduit ce post, j’ai tout de suite pensé que chez nous, en Argentine, nous en sommes dangereusement près.

J’allais bientôt passer mes vacances en Europe, et j’ai pensé que ce voyage pourrait m’aider à analyser ce qui se passe chez moi. Je n’avais pas tort.

Nous, les Argentins, savons ce que biométrie veut dire. L’un des premiers systèmes d’empreinte digitale a été inventé à Buenos Aires, et a été utilisé pour faciliter la répression lors des dictatures militaires que nous avons endurées, particulièrement durant la sale guerre. De fait, grâce aux lois de l’époque, chaque citoyen doit avoir une carte d’identité sur laquelle se trouvent ses prénom, nom de famille, adresse, date de naissance, sexe, empreintes digitales et photographie.

Que ce soit parce que des milliers de personnes ont «disparues» pendant la dernière dictature ou pour une autre raison, nous sommes très attachés au droit d’avoir une identité reconnue par l’État, et nous avons fini par considérer cela essentiel dans notre société. Qui plus est, personne n’avait cherché à trafiquer le système pour servir ses intérêts. Jusqu’à aujourd’hui.

Les derniers progrès du gouvernement sur ce terrain sont terrifiants, pour le moins. Allez voir les rapports de l’EFF en anglais ou celui en espagnol de la Fundación Vía Libre, ils en parlent mieux que moi. Jusqu’il y a peu, personne ne s’intéressait à vos empreintes, sauf si vous étiez recherché ou condamné, et votre photographie n’était même pas numérisée. Mais grâce à un nouveau décret (donc sans l’accord du Parlement), un registre central vient d’être créé.

En novembre de l’année dernière, le Sistema Federal de Identificación Biométrica a été créé. La police fédérale a désormais accès à cette base de données nationale, et vice-versa. Toutes les informations précédemment réparties sur des centaines de cartes d’identité y sont centralisées et numérisées. Depuis janvier de cette année, chaque nouveau-né subit une prise d’empreinte qui est stockée dans cette base, et tous les passeports et cartes d’identité renouvelés sont aussi numérisés.
Cependant, le plus inquiétant est l’usage qui est fait de cette base de données. C’est là où mon voyage en Europe devient intéressant. Lorsque j’étais à San Sebastián, le gérant de l’hôtel m’a demandé :

Gérant: L’Argentine ? Ce n’est pas là-bas que vous ne pouvez acheter des dollars que si vous voyagez? (note : cette règle est valable pour toutes les devises étrangères)
Moi: *un peu honteux* Si…
Gérant: Et vous devez rendre ces dollars une fois que vous êtes rentrés ?
Moi: *de plus en plus honteux* Oui…
Gérant: Mais comment savaient-ils que vous partiez en voyage ?

Je lui ai raconté que chez nous les empreintes de tout le monde étaient enregistrées, et que tous les aéroports savaient quand vous passiez par chez eux ainsi. D’ailleurs, peu importe si vous êtes du pays ou pas, vos empreintes sont prises à tous les coups. Les prises d’empreinte sont envoyées au fisc argentin pour qu’ils croisent les données avec les personnes ayant demandé des devises étrangères. Il paru un peu effrayé, et il convint que c’était digne d’un cauchemar d’Orwell.

Malgré les protestations des ONGs locales, le gouvernement continue à perfectionner sa base de données et envisage de la croiser avec de plus en plus d’autres bases. Je doute toutefois que les scandales de corruption pourront être ainsi évités…

Article original de Juan Manuel Santos.

Slap ya mama

Selon Karlsruhe, les parents ne sont pas condamnables pour les téléchargements illégaux de leurs enfants

La cour suprême allemande, qui siège à Karlsruhe, a décidé jeudi dernier que les parents n’étaient pas pénalement responsables des téléchargements illégaux de leurs enfants. Ils doivent cependant les informer des conséquences du piratage et les avertir qu’il faut pas utiliser de logiciels d’échange de fichiers. Ce jugement de la cour suprême annule un jugement précédent de la cour d’appel de Cologne.

«Les parents ont le droit et le devoir de faire confiance à leurs enfants», selon le président de la cour Joachim Bornkamm.

Ce n’est qu’exceptionnellement, si les parents ont de bonnes raisons de soupçonner que leurs enfants ont des activités illégales sur Internet, qu’ils sont obligés de les surveiller, de vérifier qu’il n’y a pas de contenus illégaux sur leur ordinateur, et qu’ils peuvent les empêcher d’accéder pour tout ou partie à Internet.

En 2007, un adolescent de 13 ans de Cologne a été accusé du téléchargement illégal de nombreux morceaux de musique, et de leur remise en partage. Il a reconnu les faits. Cependant, comme il est mineur, ce sont ses parents qui devaient payer l’amende, et qui ont été condamnés à 3000€ en mars 2012.

L’avocat de l’industrie de la musique dans ce procès, Hermann Büttner, n’a pas amélioré l’image des ayants-droits pour le grand public, en donnant des conseils éducatifs douteux quand il a commenté le jugement. Les parents n’arriveraient plus à remplir leurs «devoirs éducatifs», sans compter qu’«autrefois, quelques baffes n’auraient pas fait de mal».

L’avocat de la famille défendante, Herbert Geisler, a décliné ce «conseil». Pour lui, les enfants doivent apprendre à être autonomes et pour ce les parents doivent leur faire confiance plutôt que de les soupçonner par défaut.

Via Unwatched. La vignette.

Liberté, égalité, neutralité ?

La compassion des salons mondains

Travailler quelques années au Parlement Européen vous change à jamais. Ma manière de voir les choses a changé. J’imagine qu’il vous arrive la même chose quand vous passez de l’autre côté du miroir.

Certaines choses sont tout bêtement absurdes. Comme la soirée de solidarité avec les victimes du tremblement de terre à Haïti. Ou le déjeuner à la française avec trois plats pour discuter de l’obésité en Europe. Ou le buffet avec champagne et cocktails qui ouvrait une exposition contre la conduite en état d’alcoolémie.

D’autres choses sont vraiment irréalistes. À commencer par une récente réception mondaine en faveur des sans-abris.

Les eurodéputés peuvent accueillir les expositions qu’ils veulent dans les locaux du Parlement. C’est souvent utilisé par des boîtes privées pour montrer directement leur travail aux députés.

De temps à autre, ces expositions sont organisées par des associations caricatives. Cette fois-ci, c’était pour promouvoir une association qui aide les sans-abris. Fort bien. Mais quelle drôle d’organisation…

Pour commencer, quelques dix à vingt sculptures de sans-abris grandeur nature en métal ont été placées dans la zone d’exposition à côté de posters expliquant les problématiques.

Ensuite, l’exposition fut ouverte à coup de discours interminables par un eurodéputé et un porte-parole de l’association. Puis, champagne !

Je n’oublierai jamais ce moment. Des costumes et des robes hors de prix, des coiffures et des parfums français, les invités buvant du champagne en mangeant des petits fours, et ce au milieu de statues statiques représentant des citoyens bien moins chanceux.

Cette soirée n’a même pas servi à lever des fonds. Concrètement, rien n’a été fait pour ou donné à des sans-abris. Tout l’intérêt de l’exercice était de montrer l’implication et la compassion des invités, et ce avec une très grande hauteur de vue.

Le problème pour moi est que ce type de comportement ne paraît pas étrange à l’eurodéputé moyen. Il ne trouve pas cela élitiste, prétentieux, choquant ou même bizarre. C’est son quotidien dans sa bulle politique.

Un eurodéputé normal n’est jamais plus proche d’un sans-abri que lorsqu’il file à toute allure à l’arrière de sa Mercedes noire du Parlement.

Voilà à quoi ressemble la classe politique dominante. La bande des négligés de la morale, qu’ils soient de droite ou de gauche, du nord ou du sud. La vue des Very Important People dans leur tour d’ivoire.

Moi et mon patron, le pirate suédois Christian Engström, avons regardé sans trop y croire cette scène extravagante avant de sortir du Parlement, pour nous payer une pinte ou deux dans le monde réel, dehors.

Sur la place du Luxembourg, nous avons trouvé un vrai sans-abri belge. Nous avons envisagé de le ramener au Parlement à la réception. Mais nous nous sommes dit que ce serait déplacé…

Henrik Alexandersson est assistant de l’eurodéputé pirate Christian Engström au Parlement européen. Le billet original, en anglais, et sa version suédoise.

La lettre d'Eichstätt

La lettre analogique: Il est tout à fait raisonnable d’exiger pour nos enfants les droits dont jouissaient nos parents

Quand les pirates exigent qu’il soit possible de ne pas être tracé dans ses échanges sur Internet, ils sont accusés de refuser de payer ce qu’ils consomment. Ce n’est pas vrai. Nous exigeons quelque chose de plus basique : que les mêmes lois soient appliquées en ligne et sur Internet, et que nos enfants puissent jouir des mêmes droits que nos parents. Nos aïeux se sont battus et sont morts pour ces droits. C’est tout à fait raisonnable d’exiger leur préservation.

Jetons un coup d’œil à une lettre postale. Elle est constituée d’une enveloppe, c’est-à-dire un papier plié avec une adresse dessus, et d’un timbre. Dedans se trouve le contenu. Voilà à quoi a toujours ressemblé les communications personnelles dans le monde de nos parents, et certaines libertés ont entériné ce fait. Je m’intéresse à quatre d’entre elles.

  1. La lettre était anonyme. Vous, et vous seul, pouviez vous identifier comme l’émetteur de la lettre, que ce soit sur l’enveloppe ou dans le message même, ou poster anonymement cette lettre.
  2. Personne n’avait le droit d’ouvrir la lettre. Personne n’avait le droit d’ouvrir toutes les lettres simplement pour vérifier qu’elles ne contenaient rien d’illégal ou d’immoral. Si jamais vous étiez surveillé parce qu’on vous suspectait de crimes graves, on pouvait ouvrir votre courrier sans que vous le sachiez, mais c’était très rare, à part dans les dictatures.
  3. Personne ne traçait le parcours de votre lettre. Il était tout bêtement impossible d’enregistrer les trajets de toutes les lettres pour savoir qui discutait avec qui. Personne ne pouvait poster un agent devant chaque boîte postale. L’État ou les entreprises pouvaient ne rien savoir de vos contacts.
  4. Le postier n’était pas responsable du contenu des lettres. Comment pouvait-il ? Il n’en connaissait pas le contenu et n’avait pas le droit de le connaître. Sa responsabilité était simplement de la faire arriver à bon port.

Les libertés civiles derrière ces simples faits, nos aïeux ont parfois donné leur vie pour les défendre. Nos enfants devraient pouvoir en bénéficier de même que nos parents ont pu le faire.

Mais lorsque vous osez émettre cette opinion, certains protestent fort. L’industrie du droit d’auteur, en particulier. «Si tout le monde peut communiquer anonymement avec n’importe qui, nous ne pouvons plus gagner notre vie !»

Ce à quoi je réponds : «Et alors ?»

Ce n’est pas le job des politiques de détruire les libertés publiques pour permettre à certains de gagner leur vie, qui plus est quand ils pourraient la gagner autrement, voire la gagnent déjà autrement. C’est aux entrepreneurs de trouver des modèles économiques viables dans une société donnée.

Si une industrie ne peut plus être rentable sauf à nous priver de nos droits civiques, je propose qu’elle arrête son commerce ou en commence un autre. Ce que sont nos libertés civiles ne dépend pas du financement de l’industrie du droit d’auteur.

Voilà le cœur du débat sur le piratage. Je me fiche de savoir si certains verront leur entreprise s’écrouler, surtout si pour la sauver je dois imposer à mes enfants de vivre dans un État de surveillance permanente de ses communications.

Cet article fut d’abord publié sur Torrentfreak, puis sur Falkvinge.net